A M. L'ABBÉ MARQUE
La prophétie est accomplie,
Cher abbé, je reviens à toi;
La métamorphose est (inie,
Et mes jours enfin sont à moi.
Victime, lu le sais, d'un âge où l'on s'ignore,
Porté du berceau sur l'autel.
Je m'enlendois à peine encore.
Quand j'y vins béiiayer l'engagement cruel... Nos goûts font nos destins : l'astre de ma naissance
Fut la paisible liberté; Pouvois-je en fuir l'attrait? Né pour l'indépendance, Devois-je plus longtemps soufTrir la violence
D'une lente captivité?
C'en est fait; à mon sort ma raison me ramène i Mais, ami, l'avoùrai-je un tendre sentiment, Que 'on cœur généreux rcconnoîtra sans peine? Oui, même en la brisant, j'ai regrette ma chaîne, Et je ne me suis vu libre qu'en soupirant. Jo dois tous mes regrets aux sages cjuo je quitte; J'en perds avec douleur l'entretien vertueux ; Et, si dans leurs foyers désormais je n'iuibitc,
Mon cœur me survit auprès d'eux; Car ne les crois pas tels que la main de l'envie
Les peint à des yeux prévenus; Si tu ne les connois que sur ce qu'en publie
La ténébreuse calomnie.
Ils te sont encore inconnus.
Lis, et vois de leurs mœurs des traits plus ingénus. Qu'il m'est doux de pouvoir leur rendre un témoignage Dont l'intérêt, la crainte et l'espoir sont exclus!
A leur sort le mien ne tient plus; L'impartialité va tracer leur image.
Oui, j'ai vu des mortels, j'en dois ici l'aveu,
Trop combattus, connus trop peu ; J'ai vu des esprits vrais, des cœurs incorruptibles, Voués à la patrie, à leurs rois, à leur Dieu,
A leurs jiropres maux insensibles.
Prodigues de leurs jours, tendres, parfaits amis,
Et souvent bienfaiteurs paisibles
De leurs plus fougueux ennemis; Trop estimés enfin pour être moins haïs. Que d'autres, s'exhalant, dans leur haine insensée,
En reproches injurieux.
Cherchent, en les quittant, à les rendre odieux :
ADIEUX AUX JESUITES. fi29
Pour moi, fidèle au vrai, fidèle à ma pensée, C'est ainsi qu'en parlant je leur fais mes adieux.