‹ Œuvres choisiesChapitre 84 sur 149 · A.CTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

A.CTE II, SCÈNE I

CLÉON

Mon projet étoit bien qu'il se tînt à Paris; C'est malgré mes conseils qu'il vient en ce pays. Depuis longtemps, dit-il, il n'a point vu sa mère; 11 compte, en lui parlant, gagner ce qu'il espère.

FRONTIN

Mais vous, quel intérêt?... Pourquoi vouloir aigrir Des gens que pour toujours ce nœud doit réunir? Et pourquoi seconder la bizarre entreprise D'un jeune ccervelé qui fait une sottise?

CLÉON

Quand je n'y trouverois que de quoi m'amusor, Oh ! c'est le droit des gens, et je veux en user. Tout languit, tout est mort sans la tracasserie; C'est le ressort du monde et l'âme de la vie ; Bien fou qui là-dessus contraindroit ses désirs; Les sots sont ici-bas pour nos menus plaisirs. Biais un autre intérêt que la plaisanterie Me détermine encore à cette brouillerie.

FRONTIN

Comment donc ! à Chloé songeriez-vous aussi ? Florise croit pourtant que vous n'êtes ici Que pour son compte, au moins. Je pense que sa fille Lui pèse horriblement; et la voir si genlillo L'afïlige : je lui vois l'air sombre et soucieux Lorsque vous regardez longtemps Chloé.

CLIÎON.

Tant mieux.

Elle ne me dit rien de cette jalousie : Mais j'ai bien remarqué qu'elle en étoit remplie, Et je la laisse aller.

C'esiKi-dire, à peu près, Que Valèrc vcuvlé ûeii \ vos inférjts.

Mais je ne comprends pas quel dessein est le vôtre; Quoi! FloriseetChloé?...

CLÉ ON

Jloi ! ni l'une, ni l'autre.

Je n'agis ni par goût, ni par rivalité : M'as-tu donc jamais vu dupe d'une beauté? Je sais trop les défauts, les retours qu'on nous cache Toute femme m'amuse, aucune ne m'attache, Si par hasard aussi je me vois marié, Je ne m'ennuîrai point pour ma chère moitié; Aimera qui pourra. Florisc, ceLte folle, Dont je tourne à mon gré l'esprit faux et frivole, Qui, malgré l'âge, encore a des prétentions. Et me croit transporté de ses perfections, Florise pense à moi. C'est pour notre avantage Qu'elle veut de Chloé rompre le mariage. Vu que, l'oncle à la nièce assurant tout son bien, S'il venoit à mourir, Floriso n'auroit rien. Le point est d'empêcher qu'il ne se dessaisisse; I']t je souhaite fort que cela réussisse : Si nous pouvons parer cette donation.

Je ne répondrois pas d'une tentation Sur cet hymen secret dont Florise me pressa ; D'un bien considérable elle sera maîtresse , Et je n'épouserois que sous condition D'une très-bonne part dans la successiGh. D'ailleurs Géronte m'aime : il se peut très-bien faire Qufl son choix me regarde en renvoyant Valère ;

ACTK II, SCENE I. 273

Et, sur la fille alors arrêtant mon espoir, Je laisserai la mère à qui voudra l'avoir. Peut-être tout ceci n'est que vaines chimères.

FRONT IN

Je le croirois assez.

CLÉON

Aussi n'y tiens-je guères, Et je ne m'en fais point un fort grand embarras . Si rien ne réussit, je ne m'en pendrai pas. Je puis avoir Chloé, je puis avoir Florise; Mais, quand je manquerois l'une et l'autre entreprise. J'aurai, chemin faisant, les ayant conseillés, Le plaisir d'être craint et de les voir brouillés.

FRONTIN

Fort bien ! mais si j'osois vous dire en confidence Où cela va tout droit...

CLÉON

Eh bien ?

FRONT IN

En conscience.

Cela vise à nous voir donner notre congé. Déjà, vous le savez, et j'en suis afiligé. Pour vos maudits plaisirs on nous a pour la vie Chassés de vingt maisons.

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