‹ Œuvres choisiesChapitre 97 sur 149 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

Les hommes s'aiment tous, les femmes se détestent Mieux que jamais : enfin c'est un monde charmant; Et Paris s'embellit délicieusement.

CLÉON

Et Cidalise?...

VA LÈRE

Mais...

CLÉON

C'est une affaire faite?

Sans doute vous l'avez ?... Quoil la chose est secrète?

Mais cela fût-il vrai, le dirois-je?

CLÉON

Partout; Et ne point l'annoncer, c'est mal servir son goût.

VALÈR E.

Je m'en détacherois si je la croyois telle. J'ai, je vous l'avoùrai, beaucoup de goût pour elle; Et pour l'aimer toujours, si je m'en fais aimer, J'observe ce qui peut me la faire estimer.

CLEON, avec un grand éclat de rire.

Feu Céladon, je crois, vous a légué son âme :

Il faudroit des six mois pour aimer une femme.

Selon vous; on perdroit son temps, la nouvaauté,

\\t le plaisir de faire une infidélité.

Laissez la bergerie, et, sans trop de franchise,

Soyez de votre siècle, ainsi que Cidalise :

A.yez-la, c'est d'abord ce que vous lui devez

Et vous l'estimerez après, si vous pouvez :

Au reste affichez tout. Quelle erreur est la vôtre !

Ce n'est qu'en se vantant de l'une qu on a l'autre

§00 LE MFXn.VNT.

El l'honneur d'enlever l'amant qu'une autre a pris A nos gens du bel air met souvent tout leur prix.

Je vous en crois assez... Eli bien! mon mariage? Concevez-vous ma mère, et tout ce radotage?

Ken appréhendez rien. Mais, soit dit entre nous, Je me reproche un peu ce que je fais pour vous; Car enfin, si, voulant prouver que je vous aime, J'aide à vous nuire, et si vous vous trompez vous-même En fuyant un parti peut-être avantageux?

VA I- ÈRE

Eh! non : vous me sauvez un ridicule affreux. Que diroit-on de moi si j'allois, à mon âge, D'un ennuyeux mari jouer le personnage?

Ou j'aurois une prude au ton triste, excédant, Une bégueule enfin qui seroit mon pédant; Ou, si pour mon malheur ma femme étoit jolie. Je serois le martyr de sa coquetterie.

Fuir Paris, ce seroit m'égorger de ma main. Ouand je puis m'avancer et faire mon chemin, Irois-je , accompagné d'une femme importune, Me rouiller dans ma terre et borner ma fortune? Ma foi, se marier, à moins qu'on ne soit vieux, Fi! cela me paroît ignoble, crapuleux.

Tous pensez juste.

VA LÈRE

A vous en est toute la gloire n;iju-os vos sentiments je crévois mon histoire Si j'allois m'enchaîner; et je ne vous vois pas

Page 1