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La feinte Lex

152 LA FONTAINL'

Je l'en veux dire un trait assez bien inventé;

Autrefois à Racan ' Malherbe l'a conté.

Ces deux rivaux d'Horace, héritiers de sa lyre,

Disciples d'Apollon, nos maîtres, pour mieux dire,

Se rencontrant un jour, tout seuls et sans témoins,

(Comme ils se contiaient leurs pensers* et leurs soins').,

Racan commence ainsi : « Dites-moi, je vous prie,

Vous qui devez savoir les choses de la vie,.

Qui par tous ses degrés avez déjà passé,

Et que rien ne doit fuir* en cet âge avancé,

A quoi me résoudrai-je? il est temps que j'y pense.

Vous connaissez mon bien, mon talent, ma naissance :

Dois-je dans la province établir mon séjour.

Prendre emploi dans l'armée, ou bien charge à la cour?

Tout au monde est mêlé d'amertume et de charmes :

La guerre a ses douceurs, l'hymen a ses alarmes.

Si je suivais mon goût, je saurais où buter '" ;

Mais j'ai les miens, la cour, le peuple, à contenter. »

Malherbe là-dessus : « Contenter tout le monde !

Écoutez ce récit avant que je réponde.

J'ai lu dans quelque endroit qu'un meunier et son fds,

L'un vieillard, l'autre enfant, non pas des plus petits,

Mais garçon de quinze ans, si j'ai bonne mémoire.

Allaient vendre leur âne, un certain jour de foire.

Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit,

On lui lia les pieds, on vous le suspendit; ^^X'/'/: 4(/79c^ /]/

Puis cet homme et son filsle portent comme unJLuktre.

« Pauvres gens, idiots, couple ignorant et rustre! u/J-^'" •'^

Le premier qui les vit de rire s'éclata ^ :

« Quelle farce, dit-il, vont jouei- ces gens-là?

« Le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense. »

Le meunier, à ces mots, connaît' son ignorance;

H met sur pieds sa bête, et la fait détaler.

La ne, qui goûtait fort l'autre façon d'aller,

Se plaint en son patois. Le meunier n'en a cure * :

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