‹ Œuvres choisiesChapitre 136 sur 507 · FABLE XV · texte numérisé non relu

FABLE XV

Fable XV. — Philomèle et Progné *.

Autrefois Prog-né ^ riiirondelle

De sa demeure s'écarLa,

Et loin des viJles s'emporta Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle. « Ma sœur, lui dit Progné, comment vous portez-vous? Voici tantôt^ mille ans que l'on ne vous a vue : Je ne me souviens point que vous soyez venue, Depuis le temps de Thrace*, habiter parmi nous.

Dites-moi, que pensez-vous l'aire?

Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire?

— Ah ! reprit Philomèle, en est-il de plus doux? Progné lui repartit : Eh quoi ? cette musique,

Pour ne chanter qu'aux animaux,

Tout au plus à quelque rustique"?

Le désert est-il fait pour des talents si beaux? Venez faire aux *^ cités éclater leurs merveilles.

Aussi bien, en voyant les bois.

Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,

Parmi des demeures pareilles, Exerça sa fureur sur vos divins appas.

— Et c'est le souvenir d'un si cruel outrage Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas:

En voyant les hommes, hélas I

Il m'en souvient bien davantage \ »

qui a encore la force de briser la tète de l'un des insulteurs. La justice trouve là son compte :

mais, pour la noblesse du pathétique, le dénouement de La Fontaine est en harmonie avec le reste de la fable.

1. La Fontaine imite ici la seule fable de Babrios que Ion possédât alors. (V. Inlroduct., p.i'i).

•2. Prognc. C'était la femme de Térée, 'roi de Thrace. Philomèle, sa sœur, ayant été outragée par Térée, ensemble elles tuèrent son

fils et lui donnèrent sa chair ,à manger. Les dieux métamorph'^sôrent Progné en hirondelle, Philomèle en rossignol.

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