LIVRE IV. FABLE XI
Fable XI. — La grenouille et le rat*, r, .
Tel, comme dit Merlin *, cuide ^ engeigner* autrui,
Qui souvent s'engeigne soi-même.
J'ai reg-ret que ce mot soit trop vieux aujourd'hui : Il m'a toujours semblé d'une énergie extrême.
Mais afin d'en venir au dessein que j'ai pris,
Un rat plein d'emb6npûînt,'gras, et des mieux nourris,
Et qui ne connaissait l'avent ni ° le carême,
Sur le bord d'un marais égayait ses esprits.
Une grenouille approche, et lui dit en sa langue :
« Venez me voir chez moi : je vous ferai fcslin. »
Messire ® rat promit soudain :
Il n'était pas besoin de plus longue harangue. Elle allégua pourtant les délices du bain, La curiosité, le plaisir du voyage.
Cent raretés à voir le long du marécage : Un jour il conterait à ses petits-enfants Les beautés de ces lieux, les mœurs des habitants, Et le gouvernement de la chose publique
Aquatique. , /
Un point, sans plus, tenait le galant ' empêche * : Il nageait quelque peu, mais il fallait de l'aide. La grenouille à cela trouve un très bon remède : Le rat fut à son pied par la patte attaché ;
Un brin de jonc en fit l'alTaire.
Dans le marais entrés % notre bonne commère S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau. Contre le droit des gens ^\ contre la foi jurée ;^£:: l>j5J^^^^) Prétend qu'elle en fera gorge chaude et curée *' ; C'était, k son avis, un excellent morceau. Déjà dans son esprit la galande^^ le croque.