‹ Œuvres choisiesChapitre 199 sur 507 · LIVRE VI. FABLE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. FABLE III

Il pleut, le soleil luit, et l'écliarpe d'Iris *

Piend " ceux qui sortent avertis Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire ; Les Latins les nommaient douteux, pour celte affaire. Notre homme s'était donc à la pluie attendu : Bon manteau bien doublé, bonne élofîe bien forte. « Celui-ci, dit le Vent, prétend avoir pourvu A tous les accidents ; mais il n'a pas prévu

Que je saurai souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne : il faudra, si je veux.

Que le manteau s'en aille au diable.

L'ébattement ' pourrait nous en être agréable : Vous plaît-il de l'avoir? — Ehbien, gageons nous deux,

Dit Phébus, sans tant de paroles, A qui plus tôt aura dégarni les épaules *

Du cavalier que nous voyons.

Commencez; je vous laisse obscurcir mes rayons. » Il n'en fallut pas plus. Notre souffleur à gage '" Se gorg-e de vapeurs, s'enfle comme un ballon,

Fait un vacarme de démon, Si file,. souffle, tempête % et brise, en son passage, Maint toit qui n'en peut mais', fait périr maint bateau,

Le tout au sujet d'un manteau.

Le cavalier eut soin d'empêcher que l'orage

Ne se pût engouffrer dedans.

Cela le préserva': le Vent perdit son temps ; Plus il se tourmentait, plus l'autre tenait ferme ; Il eut beau faire agir le collet et les plis.

Sitôt qu'il fut au bout du terme

Qu'à la gageure on avait mis,

Le Soleil dissipe la nue.

Récrée, et puis pénètre enfin le cavalier,

Sous son balandras * fait qu'il sue.

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