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LES QUATRE AMIS A VERSAILLES

Quatre amis, dont la connaissance avait commencé par le Parnasse *, lièrent une espèce de société que j'appellerais académie si leur nombre eût été plus g-rand, et qu'ils eussent autant regardé les muses que le plaisir. La première chose qu'ils firent, ce fut de bannir d'entre eux les conversations rég-lées,ettout ce qui sent sa conférence académique. Quand ils se trouvaient en-

i Le Parnasse- iAIoutagae cle Ici Phocicle, séjour symbolicjue des poètes.

semble et qu'ils avaient bien parlé de leurs diverLisscnienls. si le hasard les faisait lond)er sur quelque point de science ou de belles-lettres, ils profitaient de l'occasion : c'était toutefois sans s'arrêter troplonglcmjis à une même matière, voltigeant de propos en autres, comme des iibeilles* qui rencontreraient en leurchemin diverses sortes de fleurs. L'envie, la malignité, ni " la cabale, n'avaient de voix parmi eux. Ils adoraient les ouvra.c:es des anciens, ne refusaient point à ceux des modernes les louanges qui leur sont dues, parlaient des leurs avec modestie, et se donnaient des avis sincères lorsque quelqu'un d'eux tombait dans la maladie du siècle, et faisait un livre, ce qui arrivait rarement.

Polyphile * y était le plus sujet (c'est le nom que je donnerai à l'un de ces quatre amis). Les aventures de Psyché lui avaient semblé forl propres pour* être contées agréablement. Il y travailla longtemps sans en parler à personne ; enfin il communiqua son dessein à ses trois amis, non pas pour leur demander s'il continuerait, mais comment ils trouvaient à propos qu'il continuât. L'un lui donna un avis, l'autre un autre: de tout cela il ne prit que ce qu'il lui plut. Quand l'ouvrage fut achevé, il demanda jour et rendez-vous pour le lire.

Acante ne manqua pas, selon sa coutume, de proposer une promenade en quelque lieu, hors de la ville, qui' fût éloigné, et où peu de gens entrassent: on ne les viendrait point interrompre: ils écouteraient cette lecture avec moins de bruit et plus do plaisir. Il aimait extrêmement les jardins, les fleurs, les ombrages. Poly|)hile lui ressemblait en cela; mais on peut dire que celui-ci aimait toutes choses. Ces passions, qui leur remplissaient le cœur d'une certaine tendresse, se répandaient jusqu'en leurs écrits, et en formaient le principal caractère. Ils penchaient tous deux vers le lyrique,avec cette différence f(u'Acante avait quelque chose de plus touchant, Polyphile de plus fleurie Des flcux

l..(4yje/7Ze.f. Pour la comparaison, Uon de ces personnag'es, voir

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