LIVRE VII
Fable I.-rLes animaux malades de la peste
Un niai qui répand la terreur,
Mal que le Cjel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre. La peste ('puisqu'il faut l'appeler par son nom), Capable d'enrichir en un jour l'Achéron %
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappes :
On n'en voyajt point d'occupés
1. Gueroult, Haudi-nt, au xvi' s., ont mis en vers cette fable, souvent traitée avaat <?ux. et cjue l'on retrouve déjà dans les sermonnaires, par exemple chez. Haulin.
2. L'Achéron. Le fleuve des Enfers, pour ies Knfers. A la majesté de cerprélude va s'opposer plus loin la ^ràce et la tendresse
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni loups ni renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie ;
Les tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune.
Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux : Peut-être Jl obtiendra la guérison commune. L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents *
On fait de pareils dévouements \ Ne nous flattons donc point; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits ' gloutons,
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait? nulle offense.
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc,"s'il le faut * ; mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi ; Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse \
Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ;
Vos scrupules font voir trop de délica,tcsse.
Eh bien ! manger moutons, canaille % sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes, seig-neur,
En les croquant, beaucoup d'honneur ;