LIVRE VU. — FABLE XII
Plus d'une fois, essuyant les dangers Des pirates, des vents, du calme et des rochers, Ministres de la Mort. Avec beaucoup de peines On s'en va la chercher en des rives lointaines, La trouvant assez tôt sans quitter la maison. L'homme arrive au Moghol ' ; on lui dit qu'au Japon La Fortune pour lors * distribuait ses grâces.
Il y court : les mers étaient lasses
De le porter; et tout le fruit
Qu'il tira de ses longs voyages, Ce fût cette leçon que donnent les sauvages : « Demeur.^ en ton pays, par la nature instruit. » Le Japon ne fut pas plus heureux à cet homme
Que le Mogol l'avait^ été:
Ce qui lui ht conclure en somme Qu'il avait à grand tort son village quitté.*
Il renonce aux courses ingrates, Revient en son pays, voit de loin ses pénates % Pleure de joie, et dit : « Heureux qui vit chez soi, De régler ses désirs faisant tout son emploi !
Il ne sait que par ouïr ^ dire Ce que c'est que la cour, la mer. et ton empire, Fortune, qui nous fais passer devant les yeux Des dignités, des biens que jusqu'au bout du monde On suit, sans que l'elTet ' aux promesses réponde. Désormais je ne bouge, et ferai cent fois mieux. »
En raisonnant de cette sorte, Et contre la Fortune ayant pris ce conseil %
Il la trouve assise à la porte De son ami, plongé dans un protond sommeil.
1. Au Mogol. V. p. 287, note "2. du foyer; d'où.le foyer lui-mêmo