‹ Œuvres choisiesChapitre 276 sur 507 · LIVRE VII. FADLE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VII. FADLE XIV

La Fortune se plaît à faire de ces coups; Tout vainqueur insolent à sa perle travaille. Défions-nous du Sort, et prenons garde à nous Après le gain d'une bataille.

Fable XIV. — L'ingratitude et l'injustice des hommes envers la Fortune '.

Un trafiquant sur mer, par bonheur, s'enrichit. Il triompha des vents pendant' plus d'un voyage : Gouffre, banc, ni ^ rocher, n'exigea de péage ^ D'aucun de ses ballots ; le Sort l'en affranchit. Sur tous ses compagnons Atropos * et Neptune Recueillirent leur droit, tandis que la Fortune Prenait soin d'amener son marchand à bon port. Facteurs % associés, chacun lui fut fidèle. Il vendit son tabac, son sucre, sa cannelle,

Ce qu'il voulut, sa porcelaine encor :

Le luxe et la folie ® enflèrent son trésor;

Bref, il plut dans son escarcelle.

On ne parlait chez lui que par doubles ducats; Et mon homme d'avoir chiens, chevaux et carrosses;

Ses jours de jeûne étaient des noces.

Un sien ami, voyant ces somptueux repas, Lui dit : « Et d'où vient donc un si bon ordinaire? — Et d'où me viendrait-il, que' de mon savoir-faire? Je n'en dois rien qu'à moi, qu'âmes soins, qu'au talent De risquer à propos et bien placer l'argent. » Le profit lui semblant une fort douce chose, Il risqua de nouveau le g-ain qu'il avait fait; Mais rien, pour cette fois, ne lui vint à souhait.

Son imprudence en fut la cause :

^jn vaisseau mal frété* périt au premier vent ;

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