LIVRE VII. FABLE XVI
L» belette avait mis le nez à la fenêtre.
l) dieux hospitaliers ' : que vois-je ici paraître J);i ranimai chassé du paternel loj^is.
0 là 1 madame la belette.
Que l'on déloge sans trompette, Ou je vais avertir tous les rats du pays.» La clame au nez pointu répondit que la terre
Était au premier occupant-.
« C'était un beau sujet de guerre Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
Et quand ce serait un royaume, Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
En a pour toujours fait l'octroi ' A Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillume,
Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi. »
Jean Lapin allégua la coutume et l'usage : « Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis" Rendu maître et seigneur, et qui, de père. en hls, L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis. Le premier occupant, est-ce une loi plus sage?
— Or* bien, sans crier davantage.
Rapportons-' nous, dit-elle, à Raminagrobis ^ » C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemitej, y:^<^^> --<^ -^^-'^^-'^— v Un saint homme de chat, bien fourré, groâ^èt gras, T^^/^T^ii^'-^^^^
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l'agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : « Mes enfants approchiez,
1. Dieux hospilaliers. Les dienx position au droit écrit, au droit lares ou pénates. romain.
2. Au premier occupant. La -' d!!' i'f.^^ „ t rusée feint de croire que ce bien ,^ ^«f^ 1^ ^ v ^'"'- . n'a pas encore de possesseur, ou ^- P^^^nagrobis. ^om emplutôt, qu'en s'en Slant le lapin P/'^^i^ ^. Rabelais ou a \oiture. a laissé prescrire son droit Nie ^Ir ^^'""'^^ ^T> q'^^'^^?, ^^.'^ = propriété^ "- ^ °"S ^f'^^. J^'^" q"t Ramma- ^ ^ groDis est prince des chats ».
3. L'octroi. La concession à 7. Chattemite (de chatte et de titre gracieux. Plus bas, la cou- mite, employé autrefois pour mata,ne ou droit coutumier, c'est la tou, du lat." mitis. doux), vient législation établie par l'usage, aussi de Rabelais, qui a fourni en- <i«ji5 certaineâ provinces, par op- core Grippeminaud {griffa c/<a/4
.Approchez ; je suis sourd, les ans en sont la cause. » L'un et l'autre approcha, ne craignant nulle chose. Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeniinaud, le bon apôtre, .lel ni dos deux côtés la grille en même temps. Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois Les petits souverains se rapportants aux rois *.
Fable XVU. — La tête et la queue du serpent -.
Le serpent a deux parties
Du genre humain ennemies,
Tête et queue ; et toutes deux
Ont acquis un nom fameux
Auprès des Parques cruelles ' :
Si bien qu'autrefois entre elles
Il survint de grands débats Pour le pas *.
la tête avait toujours marché devant la queue.
La queue au ciel se plaignit, Et lui dit:
« Je fais mainte et mainte lieue,
Comme il plaît à celle-ci ; Croit-elle que toujours j'en veuille user ainsi?
Je suis son humble servante ^
On m'a faite, Dieu merci,
Sa sœur, et non sa suivante.
Toutes deux de même sang,
Traitez-nous de même sorte :
Aussi bien qu'elle je porte
Un poison prompt et puissant •.
1. Se rapportants. V. Gram- 5. Bumble servante. C'est ifoma\r<i, participe. nique.
2. Ksope, 344. 6. Un poison prompt et f}uit~ i. Parques cruelles. Elles sont saitt. Ou a cru lon^'-lenips que la
eu renom, en grande faveur au- queue du serpent était vénéneuse [>rès des Parques. (d'où l'adage : in cauda vene-