‹ Œuvres choisiesChapitre 293 sur 507 · LIVRE VIII. — FABLE II · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — FABLE II

Le savetier alors en chantant l'éveillait;

Et le financier se plaig-nait

Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché fait vendre le dormir *

Gomme le mang-er et le boire.

En son hôtel il fit venir Le chanteur, et lui dit : « Or çà, sire Grégoire, Que gagnez-vous par an? — Par an? ma foi, monsieur'^

Dit, avec un ton de rieur, Le gaillard ^ savetier, ce n'est point ma manière De compter de la sorte ; et je n'entasse guère Un jour sur l'autre : il suffît qu'à la fin

J'attrape le bout de l'année ; -^ ^-ix, i". c^^i>V^ c^ ^a.

Ghaque jour amène son pain. j-Jc^ -^^ ij-^S^N^^^"^"^

— Eh bien, que gagnez-vous, dites-moi, par journée?

— Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours (Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes *),

Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours

Qu'il faut chômer % on nous ruine en fêtes ; L'une fait tort à l'autre; et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône. »

Le financier, riant de sa naïveté.

Lui dit: « Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône. Prenez ces cent écus : gardez-les avec soin.

Pour vous en servir au besoin ®. »

Le savetier crut voir tout l'argent que la terre

Avait, depuis plus de cent ans,

Produit pour l'usage des gens.

Il retourne chez lui : dans sa cave il enserre

L'argent et sa joie à la fois.

Plus de chant : il perdit la voix, Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.

Le sommeil quitta son logis ;

Il eut pour hôtes les soucis.

Les soupçons, les alarmes vaines.

Tout le jour il avait l'œil au guet ; et la nuit,

Si quelque chat faisait du bruit,

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