LIVRE VIII. — FABLE XV
Mais ce cerf n'avait pas accoutumé * de lire.
Le monarque lui dit : « Ghétif hôte des bois,
Tu ris, tu ne suis pas ces g-émissantes voix !
Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes
Nos sacrés ong-les ; venez, loups,"
Vengez la reine, immolez tous
Ce traitre à ses augustes mânes. »
Le cerf reprit alors : « Sire, le temps de* pleurs Est passé ;la douleur est ici superflue. Votre digne moitié, couchée entre des fleurs,
Tout près d'ici m'est apparue ;
Et je l'ai d'abord ^ reconnue.
« Ami, m'a-t-elle dit, garde * que ce convoi, « Quand je vais chez les dieux, ne t'oblige à des larmes. « Aux champs éîysiens ' j'ai goûté mille charmes % « Conversant avec ceux qui sont saints comme moi. « Laisse agir quelque temps le désespoir du roi. « J'y prends plaisir. » A peine on eut ouï la chose, Qu'on se mit à crier : « Miracle ! Apothéose ^ ! » Le cerf eut un présent, bien loin d'être puni.
Amusez les rois par des songes.
Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges : Quelque indignation dont leur cœur soit rempli. Ils goberont l'appât ; vous serez leur ami.
Fable XV. — Le rat et l'éléphant ^
Se croire un personnage est fort commun en France On y fait l'homme d'importance, Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois : • C'est propreitient le mal françois.
i- N'avait pas accoutumé. Lex. vertueuses après leur mort.