LIVRE VIII. — FABLE XVI
Un père eut pour toute lig-née * Un fils qu'il aima trop, jusques à consulter
Sur le sort de sa g-éniture *
Les diseurs de bonne aventure. Un de ces gens lui dit que des lions surtout Il éloignât l'enfant jusques à certain âge;
Jusqu'à vingt ans, point davantage.
Le père, pour venir à bout D'une précaution sur qui ' roulait la vie De celui qu'il aimait, défendit que jamais On lui laissât passer le seuil de son palais : Il pouvait, sans sortir, contenter son envie, Avec ses compagnons tout le jour badiner,
Sauter, courir, se promener.
Quand il fut en l'âge où la chasse
Plaît le plus aux jeunes esprits,
Cet exercice avec mépris
Lui fut dépeint : mais, quoi qu'on fasse,
Propos, conseil, enseignement.
Rien ne change un tempérament.
Le jeune homme inquiet *, ardent, plein de courage, A peine se sentit des bouillons ^ d'un tel âge,
Qu'il soupira pour ce plaisir.
Plus l'obstacle était grand, plus fort fut le désir. Il savait le sujet des fatales "^ défenses; Et comme ce logis, plein de magnificences.
Abondait partout en tableaux,
Et que la laine ' et les pinceaux Traçaient de tous côtés chasses et paysages,
En cet endroit des animaux,
En cet autre des personnages, Le jeune homme s'émut, voyant peint un lion ! « Ah! monstre I cria-t-il; c'est toi qui me fais vivre Dans l'ombre et dans les fers! » A ces mots il se livre Aux transports violents de l'indignation, Porte le poing sur l'innocente bête.