LINRE VIII. — FABLE XX\1I
Avec peine y mordaient ; la déesse infernale Reprit à plusieurs fois l'heure au monstre fatale. De * la force du coup pourtant il s'abattit. C'était assez de biens. Mais quoi ? rien ne remplit Les vastes appétits ^ d'un faiseur de conquêtes. Dans le temps que le porc revient à soi, l'archer Voit le long- d'un sillon une perdrix marcher, '
Surcroît ^ chétif aux autres têtes ; De son arc toutefois il bande les ressorts. Le sani^îier, rappelant les restes de sa vij), Vient à lui, le découd *, meurt vengé sur son corps;
Et la perdrix le remercie.
Cette part du récit s'adresse au convoiteux ; L'avare aura pour lui le reste de l'exemple.
Un loup vit en passant ce spectacle piteux ^ : « 0 Fortune ! dit-il, je te promets un temple. Quatre corps étendus î que de biens ! mais pourtant Il faut les ménager, ces rencontres sont rares. »
(Ainsi s'excusent les avares.) « J'en aurai, dit le loup, pour un mois, pour autant ® : Un, deux, trois, quatre corps, ce sont quatre semaines,
Si je sais compter, toutes pleines.
Commençons dans deux jours; et mang-eons cepandant' La corde de cet arc : il faut que l'on l'ait faite De vrai boyau; l'odeur me le témoigne assez. »
En disant ces mots, il se jette Sur l'arc qui se détend, et fait de la sag-ette * Un nouveau mort: mon loup a les bo-yaux percés.
Je reviens à mon texte : il faut que l'on jouisse ; Témoin ces deux gloutons punis d'un sort commun :
La convoitise perdit l'un ;
L'autre périt par l'avarice.
t. De la force. Lex., de. 5. Piteux. Digne de pitié.