‹ Œuvres choisiesChapitre 390 sur 507 · LIVRE X. FABLE XV · texte numérisé non relu

LIVRE X. FABLE XV

C'est un récit de longue haleine, ils s'assirent enfin au bord d'une fontaine : Là, le conseil se tint entre les pauvres gens. Le prince s'étendit sur le malheur des grands. Le pâtre fut d'avis qu'éloignant la pensée

De leur aventure jjassée, Chacun fit de son mieux, et s'appliquât au soin

De pourvoir au commun besoin.

« La plainte, ajouta-t-il, guérit-elle son homme ? Travaillons ; c'est de quoi nous mener jusqu'à Rome. » Un pâtre ainsi parler ! Ainsi parler ; croit-on Que le Ciel n'ait donné qu'aux tètes couronnées.

De l'esprit et de la raison ; Et que de tout berger, comme de tout mouton,

Les connaissances soient bornées ?

L'avis de celui-ci fut d'abord ^ trouvé bon Par les trois échoués aux bords de l'Amérique. L'un (c'était le marchand) savait l'arithmétique « A tant par mois, dit-il, j'en donnerai leçon.

— J'enseig-nerai la politique, »

Reprit le fils de roi. Le nobie poursuivit : « Moi, je sais le blason ^ ; j'en veux tenir école. » Comme si, devers ^ l'Inde, on eût eu dans l'esprit La sotte vanité de ce jargon frivole ! Le pâtre dit : « Amis, vous parlez bien ; mais quoi ? Le mois a trente jours : jusqu'à cette échéance

Jeûnerons-nous, par votre foi * ?

Vous me donnez une espérance Belle, mais éloignée ; et cependant ' j'ai faim. Qui pourvoira de nous au diner de demain ?

Ou plutôt sur quelle assurance Fondez-vous, dites-moi, le souper d'aujourd'hui ?

Avant tout autre, c'est celui

Dont il s'agit : votre science Est courte là-dessus ; ma main y suppléera. »

A ces mots, le pâtre s'en va

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