‹ Œuvres choisiesChapitre 432 sur 507 · A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE

MoNSPÏGNEUR,

Je ne puis employer pour mes fables de protection qui me soit plus glorieuse que la vôtre. Ce goût exquis et ce jug^emeut si solide qpe vous faites paraître dans toutes choses au delà ^ d'un âge où à peine les autres princes sont-ils touchés de ce qui les environne avec le plus d'éclat; tout cela, joint au devoir de vous obéir et à la passion de vous plaire, m'a obligé de vous présenter un ouvrage dont l'original* a été l'admiration de tous les siècles aussi bien que celle de tous les sages. Vous m'avez même ordonné de continuer; et, si voijs me permettez de le dire, il y a des sujets dont je vous suis redevable % et où vous avez jeté des grâces qui ont été admirées de tout le monde. Nous n'avons plus besoin de consulter ni Apollon ni les Muses, ni aucune des divinités du Parnasse : elles se rencontrent toutes dans les présents que vous a faits la nature, et dans cette science de bien juger des ouvrages de l'esprit, à quoi ^ vous joignez déjà celle de connaître toutes les règles qui y conviennent. Les fables d'l^]sopc sont une ample matière pour ces talents; elles embrassent toutes

1. Ce dernier livre n'a paru auen aue dix-neuf fables de ce dernier 1G94 ; plus d une fable s'y ressent, ïivrc.([ui -n comprend vingt-cinq. de la vieillesse de l'auteur. Voi- 2. Duc de Bourgogne. L'cMève taire regrettait qu'on eût imprimé de Fénelon, le (ils du grand Dances fobles : « Mais ces maudits édi- pliin ; il av.tit douze ans en li)94. leurs veulent imprimer tout : ce 3. Au delà. Au-dessus. sont des corbeaux (\iù s'acharnent 4. L'original. Les fables d'Ksope. sur les morts. »(LeUre de « M. df; 5. Les deux Chèvres, Le Chat la Visclède », éd. Garnier, XXX, et la Soiî'ris, le Loup et le Rep. 32i.) Pour ne pas nous acliar- nurd. le Renard, les Mouches et ncr,etaussi pour faire de la place à le Hérisson. d'autres extraits, nous ne publions 6. A quoi.Y. Gr3.m., pron-velatif*

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i.orle3 d'événements et de caractères. Ces mensong-es sorii i^Toprement une manière d'hisioire où on ne flatte ])cfsonne'. Ce ne sont pas choses de peu dilliportance que ces sujets ; les animnlit sont les précepteurs des hommes dans moriouAragè. Je ne th'êtendrai pas davantage là-des9tis ; vous voyez mieu* que moi le prolit qu'on en petit iit-ër. Si vous vous cotiriàissez maintenant en orateurs et eh poètes, vous voiiS Connaîtrez encore mieux quelque jotif en bons politiques et ért bons généraux d'armée ; et vOiis votis ttDtnpete^aiissi peu au choix des personnes cju'au mérite des actions. Je ue suis pas d'un âge à espérer d'en être téUioin^ Il faut que je me contente de travailler sous ras Ofdfes.- L'envie de vous plaire me tieildfa lieu d'une imagination cJUe les ans ont affaiblie: tjUàUd Vdus souhaiterez qUelque fable^je la trouverai dans ce fdnds-là. Je voudrais bien que vous y pussiez trouver des louanges dignes du monarque qui fait maintenant le destin de tant de peuples et de nations, et qui rend toutes les parties du monde attentives à ses conquêtes^, à ses victoires, et à la paix qui semble se rapprocher^, et dont il impose les conditions avec toute la modération que peuvent souhaiter nos ennemis. Je me le figure comme un conquérant qui veut mettre des bornes à sa gloire et à sa puissance, et de qui on pourrait dire, à meilleur titre qu'on ne l'a dit d'Alexandre, qu'il va tenir les états * de l'univers, en obligeant les rninistres de tant de princes de s'assembler pour terminer une guerre qui ne peut être que ruineuse à leurs maîttes. Ce sont des sujets aU-dessus de nos paroles : je les laisse à de meilleures plumes que la miéilne, et suis avec un profond respect,

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