LIVRE XII. — FABLE X
Vous n'éviterez point ses embûches secrètes. La gazelle s'allait ébattre innocemment,
Quand un chien, maudit instrument
Du plaisir barbare des hommes Vint sur l'herbe éventer* les traces de i pag. Elle fuit, et le rat, à l'heure du repas, Dit aux amis restants : « D'où vient qj.ie nous ne sommes
Aujourd'hui que trois conviés?
La g-azelle déjà nous a-t-elle oubliés? »
A ces paroles, U tortue
S'écrie, et dit : « Ah! si j'étais
Comme un corbeau d'ailes pourvue,
Tout de ce pas je m'en irais
Apprendre au moins quelle contrée,
Quel accident tient arrêtée
Notre compagne au pie.d léger ; Car, à l'égard du cœur, il en iaut piieux juger *. »
Le corbeau part à tire d'aile :
Il aperçoit de loin l'imprudente gazelle
Prise au piège, et se tourmentant.
Il retourne avertir les autres à l'instant; Car, de lui demander quand, pourciuoi, ni comment
Ce malheur est tombé sur elle.
Et perdre en vains discours cet utile moment,
Comme eût fait un maître d'école ',
Il avait trop de jugement *.
Le corbeau donc vole et revole.
Siir son rapport Ips trois ami?
Tiennent conseil. Deux sont d'avis
De se transporter sans remise
Aux lieux où la gazelle est prise, « L'autre % dit le corbeau, gardera le logis : Avec son marcher lent, quand arriverait-elle?
Après la mort de la gazelle. »
Ces mots à peine dits^ ils s'en vont secourir