‹ Œuvres choisiesChapitre 58 sur 507 · LIVRE PREMIER, FABLE III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, FABLE III

Sans mejitir. si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le phénix ^ des hôtes de ces bois. » A ces mots le'cofbëau ne'se sent pas de joie;

Et pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie".

Le renard s'en saisit, et dit : « Mon bon monsieur, / iépens de celui qui récoute.

Apprenez que tnnt flatteur ViLau

Cette leçon vaut bien un iromag.:, sans doute '. »

Le corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

-^ rr^r^C cV:«, t f^^ Se XOjLSStr'

Fable IIL ~ La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf \

Une grenouil

le vit un bœuf Qui lui sembla de belle taille.

Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un œuf, Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille,

-— 1. Le phénix. Oiseau^ JâllilL&ux, qui passait pour unique en son espèce r après avoir vécu des siècles, il se brûlait sur un bûcher et renaissait de ses cendres.

2. « Je vois un .crand vilain bec ouvert ; j'entends tomber le fromage à travers jes branches. »

(J.^J. liousseau. Emile.)

3. « Il est plaisant, a remarqué Chamfort, de mettre la morale dian 1.1 bouche de cejul qui profite ^^ilfli ^ÇÇ?^ " ^PCOfc "6 faut-il pas! siî tromper sur la leçon, qui n'est pas, comme le prétend Rousseau, '< de la plus basse flatterie ».

Sans doute, c'est le cu.'-beau.aui est puni, i 1 1 ' e st même doublement , dans sa gourmandise et dans son amour-propre, ^'est pour nous app£cn(hT.j}orr çerte3 a i^aJLter, mais a ne point nous Tiusser flalleT. LT35^ng, "critique et poète allemand du "xviu« siècle, a osé refaire cette fable, pour changer la leçon. Lui, c'est le renard qu'il pu lit. Son corbeau tient dans ses

serres de la viande empoisonnée, tout réjoui d'être appelé par le renard « oiseau de Jupiter », i! la laisse tomber, le renard la hapjie il en crève. — Cette morale tude^que ne nous apprend certes pas à flatter. Mais outre qu'elle punit bien brutalement le flatteur, elle fait la i^art un peu trop belle à la vanité et à la sottise du corbeau.

N'en pourrait-on pas conclure aussi qu'il est utile quelquefois de se laisser flatter? On aime mieux la fable de La Fontaine, et sa morale à la française.

4. Phèdre, I, 24. Horace. — Voici la fable d'Horace : -< Les petits dune grenouille avaient été en son absence écrasés par un veau. Lin seul s'échappa, qui vint raconter à sa nn're comment ses frères avaient péri sous les pieds d'un monstre énorme. Quelle était so grosseur ? Comme ceci peutêtre ? dit-elle en se gonflant ; comme ceci ? ajouta-t-elle, devenue plus grosse de moitié. Elle

lui»

oiir ég^aler

animal en j;n^sseur,

Disant: *< Roj^ardcz l)iLMi, ma scrnr; , su^

Est-ce assez? dites-moi ; n'y suis-jc point encore?-^"*" ' — Ncnni*.^-M'yvoicidonc? — Point du tout.— M 'y voilà? — \'ous n'en approcliez point. » La ctfelîvG'pê'coré*

S'enlla si bien qu'elle creva. -«,m./

Le monde est plein de g^ens qui ne sont pas plus sages: Tout boui\y-eois veut bâtir comme les j^rands seij^ncurs ; Tout [)etit prince a des ambassadeurs;

Tout marquis veut avoir des pages*. ^

Fable IV. — Les deux mulets

fy^^

Deux mulets cheminaient % l'un d'avoine clKu;S"é, L'autre portant l'argent de la gabelle ^

Celui-ci, glorieux d'une charge si belle.

N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé. Il marchait d'un pas relevé', Et faisait sonner sa sonnette :

Quand l'ennemi se présentant, Comme il en voulait à l'argent,

Sur le mulet du fisc* une troupe se jette, Le saisit au frein et l'arrête.

Le mulet, en se défendant,

allait grossissant de plus belle, quand le petit lui dit: Vous crèven*-/., ma mère, que vous n'en approcheriez pas. » {^Satires, livre II, 3, V. V. 314-320.)

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