LIVRE PRliMILR
FABl.F. XVIII 1 19
Pable XVIII. — Le renard et la cigogne ^
Compère ' le renard se mit un jour en frais,
Et retint à diner commère la cigogne.
Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts ;
— -" Le galant, pour toute besogne, Avait un brouet ' clair ; il vivait chichement. Ce brouet fut par lui servi sur une assiette : La cigogne au long bec n'en put attraper miette; Et le drôle eut lapé * le tout en un moment, i; "^Pour se venger de cette tromperie,
i"'^ A quelque temps de là. la cigogiie le prie. « \'olontiers, lui dit-il ; car avec mes aitiis
Je ne fais point cérémonie. »
f— :;A l'heure dite, il courut au logis
De la cigogne son hôtesse,
Loua très fort la politesse,
Trouva le diner cuit à point :
Bon appétit surtout ; renards n'en manquent point. Il se réjouissait à l'odeur de la viande ' Mise en meniTs morceaux, et qu'il croyait friande ^
On servit, pour l'embarrasser.
En un vase à long col et d'étroite embouchure. Le bec de la cigogne y pouvait bien passer ; ,^.
Mais le museau du sire était d'autre mesure."*?/^^*^^^''^^^^ Il lui fallut à jeun retourner au logis. Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris, Serrant la queue, et portant bas l'oreinè.'^
Trompeurs, c'est pour vous que j'écris : Attendez-vous à la pareille.
1. Ésope, 3i. — Phèdre, I, 26. 4. Lapé. Bu en pompant avec sa
?. Compère., Galant, Besogne. '"^J^^r/anJe. Semble avoir ici le
^®*' sens général de nourriture (lat.