‹ Œuvres choisiesChapitre 22 sur 35 · A PHŒBUS · texte numérisé non relu

A PHŒBUS

O race Latonienne, Saincte clarté Deliemie, Dieu en Cyrene adoré, A qui pendent en echarpe Et le Carquois et la Harpe, Apollon au crin doré,

Père, ne mets en arrière Le souspir de ma prière, Puis que tes sainctes douceiu's, M'allaictant des mon enfance, M'ont faict nommer par la France, Le nourrisson des neuf Sœurs.

Tu sçais toutes médecines , Herbes, plantes et racines, Qui chassent le mal des corps ; Tu sçais toutes les sciences.

Les arts, les expériences Des Augures et des sorts.

Ton grand œil, qui tout regarde, D'en hault ses flesches nous darde, Dont tu vas l'ame inspirant Au sein de la Toute-mere , Toy, nommé du bon Homère, Apollon le loing-tirant.

C'est toy des Astres le père, Qui le cours de l'an tempère.

Et d'ime brave roydeur, Forçant le gi^and tour du monde, Vois de la terre et de l'onde L'universelle rondeur.

Soubs les accords de ta lyre, Qui des Dieux appaise l'ire, Les cieux tournent par compas :

Et l'Aonienne danse, Au rapport de ta cadence, En rond mesure ses pas.

Or' ta lampe retournée Nous rameine la joui-uro, Et or' s'ecartant de nous Pour se plonger dedans l'onde, Laisse recoider au monde Des Dieux le présent plus doux.

Alors ta sœur, coustumiere De luire par ta lumière,

POKSIES .

Nous monstre tout son beau front , Ou si la terre la garde Qu'à plein ell' ne te regarde, Nous esclaire en demi-rond.

La terre , par toy fertile, Nous rend d'vme usure utile Le gaing de nostre labeur, Qui de la faim misérable, Si tu luj es favorable, Ne sentit oncques la peur.

Cecy sçacliant, le bon homme Son espérance te nomme, Te faict offrandes et vœus, A fin que son bien cliampestre Puisse donner a repaistre A ses enfans et nepveus .

Escoute nos plaintes doncques.

Si de nous te chalut oncques, Père, escoute nos clameurs.

Ou soit que le champ verdoyé, Ou soit que jaune il ondoyé, En espics ja demi-meurs.

Fay que l'humeur savoureuse De la vigne planteiueuse, Aux rays de ton œil divin , Son nectar nous assaisonne, Nectar tel comme le donne Mon doux vignoble Angevin.

Chasse loing de nostre terre La faim, la peste et la guerre, Aux Turcs, ou plus loing encor, A fin qu'en nostre province Le règne d'un si bon Prince Rameine le siècle d'or.

Page 1