‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 7 sur 37 · ELLE NAQUIT LE JOUR QUE NAQUIRENT LES JOURS · texte numérisé non relu

ELLE NAQUIT LE JOUR QUE NAQUIRENT LES JOURS

Il n'y a pas d'exemple d'une telle durée; et, à s'en tenir même au christianisme, aucune institution, dans l'univers, ne peut lui être opposée. C'est pour chicaner qu'on lui compare d'autres religions : plusieurs caractères frappants excluent toute comparaison; ce n'est pas ici le lieu de les détailler : un mot seulement, et c'est assez. Qu'on nous montre ime autre religion fondée sur des faits miraculeux et révélant des dogmes incompré hensiblos, crue pendant dix-huit siècles par une grande partie du genre humain, et défendue d'âge en âg-e pai les premiers hommes du temps, depuis Origène jusqu'à Pascal, malgré les derniers efforts d'une secte ennemie, qui n'a cessé de rugir depuis Celse jusqu'à Condorcet.

Chose admirable! lorsqu'on réfléchit sur cette grande

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institution, l'hypothèse la plus naturelle, celle que toutes les vraisemblances environnent, c'est celle d'un établissement divin. Si l'œuvre est humain, il n'y a plus moyen d'en expliquer le succès : en excluant le prodige, on le ramène.

Toutes les nations, dit-on, ont pris du cuivre pour de l'or. Fort bien : mais ce cuivre a-t-il été jeté dans le creuset européen, et soumis, pendant dix-huit siècles, à notre chimie observatrice? ou, s'il a subi cette épreuve, s'en est-il tiré à son honn(;ur? Newton croyait à l'incarnation; mais Platon, je pense, croyait peu à la naissance merveilleuse de Bacchus.

Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants, et c'est en quoi il ne ressemble à rien de connu.

De plus, il s'est tiré de toutes les épreuves. On dit que la persécution est un vent qui nourrit et propage la tlamme du fanatisme. Soit : Dioclétien favorisa le christianisme ; mais, dans cette supposition, Constantin devait l'étouffer, et c'est ce qui n'est pas arrivé. 11 a résisté à tout, à la paix, à la guerre, aux écliafauds, aux triomphes, aux poignards, aux délices, à l'orgueil, à l'humiliation, à la pauvreté, à l'opulence, à la nuit du moyen âge et au grand jour des siècles de LéonX et de Louis XIV. Un empereur tout puissant et maître de la plus grande partie du monde connu épuisa jadis contre lui toutes les ressources de son génie ; il n'oublia rien pour relever les dogmes anciens ; il les associa habilement aux idées platoniques, qui étaient à la mode. Cachant la rage qui l'animait sous le masque d'une tolérance purement extérieure, il employa contre le culte ennemi les armes auxquelles nul ouvrage humain n'a résisté : il le livra au ridicule ; il appauvrit le sacerdoce pour le faire mépriser; il le priva de tous les appuis que l'horamc peut donner à ses

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œuvres : difFamations, cabales, injustice, oppression, ridicule, force et adresse, tout fut inutile; le Galiléen l'emporta sur Julien le philosophe.

Aujourd'hui , enfin , l'expérience se répète avec des circonstances encore plus favorables; rien n'y manque de tout ce qui peut la rendre décisive. Soyez donc bien attentifs , vous tous que l'histoire n'a point assez instruits. Vous disiez que le sceptre soutenait la tiare ; eh bien il n'y a plus de sceptre dans la grande arène , il est brisé , et les morceaux sont jetés dans la boue. Vous ne saviez pas jusqu'à quel point l'influence d'un sacerdoce riche et puissant pouvait soutenir les dogmes qu'il prêchait : je ne crois pas trop qu'il y ait une puissance de faire croire; mais passons. Il n'y a plus de prêtres; on les a chassés , égorgés , avilis ; on les a dépouillés ; et ceux qui ont échappé à la guillotine , aux bûchers , aux poignards, aux fusillades, aux noyades, à la déportation, reçoivent aujourd'hui l'aumône qu'ils donnaient jadis. Vous craigniez la force de la coutume , l'ascendant de l'autorité, les illusions de l'imagination : il n'y a plus rien de tout cela; il n'y a plus de coutume ; il n'y a plus de maître; l'esprit de chaque homme est à lui. La philosophie ayant rongé le ciment qui unissait les hommes , il n'y a plus d'agrégations morales. L'autorité civile , favorisant de toutes ses forces le renversement du système ancien, donne aux ennemis du christianisme tout l'appui qu'elle lui accordait jadis; l'esprit humain prend toutes les formes imaginables pour combattre l'ancienne religion nationale. Ces efforts sont applaudis et payés, et les efforts contraires sont des crimes. Vous n'avez plus rien à craindre de l'enchantement des yeux, qui sont toujours les premiers trompés; un appareil pompeux, de vaines cérémonies, n'en imposent plus à des hommes devant lesquels on se joue de tout depuis sept ans. Les temples sont

fermés, ou ne s'ouvrent qu'aux délibérations bruyantes et aux bacchanales d'un peuple effréné. Les autels sont renversés; on a promené dans les rues des animaux immondes sous les vêtements des pontifes ; les coupes sacrées ont servi à d'abominables orgies ; et sur ces autels que la foi antique environne de chérubins éblouis, on a fait monter des prostituées nues. Le philosophisme n'a donc plus de plaintes à faire; toutes les chances humaines sont en sa faveur ; on fait tout pour lui et tout contre sa rivale. S'il est vainqueur, il ne dira pas comme César : Je suis venu, j'ai vu et j'ai vaincu; mais enfin il aura vaincu : il peut battre des mains et s'asseoir fièrement sur une croix renversée. Mais si le christianisme sort de cette épreuve terrible plus pur et plus vigoureux , si flercule chrétien, fort de sa seule force , soulève le fils de la terre, et l'étouffé dans ses bras, patnit Deus. — Français! faites place au Roi très-chrétien, portez-le vous-mêmes sur son trône antique; relevez son oriflamme, et que son or, voyageant d'un pôle à l'autre . porte de toutes parts la devise triomphale :

LE CHRIST COMMANDE , IL RÈGNE , IL EST VAINQUEUR i

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