‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 13 sur 93 · Act. XVll · texte numérisé non relu

Act. XVll

6. Oui, Platon, tu dis vrai! Toutes les vérités sont dans nous; elles sont NOUS, et lorsque l'homme croit les découvrir, il ne fait que regarder dans lui et dire oui!

7. Scribantur hsec in generatione altéra et populus qui creabitur laudabit Dominum. (Ps. CI, 19.)

adopter; la poésie de toutes les nations chrétiennes s'en est emparée ; et , depuis plus de trois siècles , le soleil ne cesse d'éclairer quelques temples dont les voûtes retentissent de ces hymnes sacrées. On les chante à Rome, à Genève, à Madrid, à Londres, à Québec, à Quito, à Moscou, à Pékin, à Botany-Bay; on les murmure au Japon.

Le chevalier. — Sauriez-vous me dire pourquoi je ne me ressouviens pas d'avoir lu dans les psaumes rien de ce que vous venez de me dire?

Le COMTE. — Sans doute, mon jeune ami, y'e saurai vous le dire : ce phénomène tient à la théorie des idées innées; quoiqu'il y ait des notions originelles communes à tous les hommes, sans lesquelles ils ne seraient pas hommes , et qui sont en conséquence accessibles , ou plu tôt naturelles à tous les esprits, il s'en faut néanmoins qu'elles soient toutes au même point. Il en est au contraire qui sont plus ou moins assoupies, et d'autres plus ou moins dominantes dans chaque esprit; et celles-ci forment ce qu'on appelle le caractère ou le talent : or il arrive que lorsque nous recevons par la lecture une sorte de pâture spirituelle, chaque esprit s'approprie ce qui convient plus particulièrement à ce que je pourrais appeler son tempérament intellectuel , et laisse échapper le reste. De là vient que nous ne lisons pas du tout les mêmes choses dans les mêmes livres ; ce qui arrive surtout à l'autre sexe comparé au nôtre , car les femmes ne lisent point comme nous. Cette différence étant générale et par là même plus sensible, je vous invite à vous en occuper.

Le SÉNATEUR. — La nuit qui nous surprend me rappelle, Monsieur le comte, que vous auriez bien pu, puisque vous étiez si fort en train , nous rappeler quelque chose de ce que David a dit sur la nuit : comme il s'en occupait beaucoup, il en a beaucoup parlé, et toujours je m'attendais que , parmi les textes saillants qui se sont

LES SOIRÉES DE SAINT-PÉTERSBOURCi 47

I présentés à vous, il y en aurait quelques-uns sur la nuit : car c'est un grand chapitre sur lequel David est revenu souvent : et qui pourrait s'en étonner? Vous le savez, mes bons amis, la nuit est dang'ereuse pour l'homme, et sans nous en apercevoir nous l'aimons tous un peu parce qu'elle nous met à l'aise. La nuit est une complice naturelle constamment à l'ordre de tous les vices , et cette complaisance séduisante fait qu'en général nous valons tous moins la nuit que le jour. La lumière intimide le vice ; la nuit lui rend toutes ses forces, et c'est la vertu qui a peur. Encore une fois, la nuit ne vaut rien pour l'homme , et cependant , ou peut-être à cause de cela même , ne sommes-nous pas tous un peu idolâtres de cette facile divinité? Qui peut se vanter de ne l'avoir jamais invoquée pour le mal? Depuis le brigand des grands chemins jusqu'à celui des salons , quel homme n'a jamais dit : Flecte, precor, vitlttis ad mea furta tuos ? Et quel homme encore n'a jamais dit : Nox conscia novit? La société, la famille la mieux réglée, est celle où l'on veille le moins, et toujours l'extrême corruption des mœurs s'annonce par l'extrême abus dans ce genre. La nuit étant donc, de sa nature, malè suada, mauvaise conseillère^ de là vient que les fausses religions l'avaient consacrée souvent à des rits coupables , nota bonse sécréta deœ i.

Le comte. — Avec votre permission , mon cher ami, je dirai plutôt que la corruption antique avait consacré la nuit à de coupables orgies, mais que la religion antique n'avait point de tort, ou n'en n'avait d'autre que celui de son impuissance; car rien, je crois, ne commence par le mal. Elle avait mis, par exemple, les mystères que vous nommez sous la garde de la plus sévère pudeur; elle chassait du temple jusqu'au plus petit animal mâle, et

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