‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 15 sur 93 · Ilbic tesliculi sibi consciiis uncle fugit mus · texte numérisé non relu

Ilbic tesliculi sibi consciiis uncle fugit mus

ubi velari pictura jubetur

Quxcumque alterius sexus iinitata figuram est.

(Juven., sat. VI, 338, 3il.)

2. Pour chanter ici tes louanges Notre zèle, Seigneur, a devancé le jour ;

Fais qu'ainsi nous chantions un jour avec les anges Le bien qu'à tes élus réserve ton amour.

Lève-toi, soleil adorable, Qui de l'éternité ne fais qu'un heureux jour; l'-ais brillera nos yeux ta clarté secoufable. Et répands dans nos cœurs le feu de ton amour.

Fujez, songes, troupe menteuse.

Dangereux ennemis par la nuit enfantés; Et que fuie avec vous la mémoire honteuse Des objets qu'à nos sens vous aviez présenté.*.

point au dogme, est sujette à certains changements que notre pauvre nature rend inévitables ; cependant , jusque dans les choses de pure discipline, il y en aura toujours (l'in variables; par exemple, il y aura toujours des fêtes qui nous appelleront tous à l'office de la nuit, et toujours il y aura des hommes choisis dont les pieuses voix se feront entendre dans les ténèbres , car le cantique légitime ne doit jamais se taire sur la terre :

Le jour au jour le rappelle. -•■ \

La nuit l'annonce à la nuit. ' O ï-. v r>N

Le sénateur. —Hélas! qui sait si vous n'exprimez pas^ dans ce moment du moins, un vœu plutôt qu'une vérité ! Combien le règne de la prière est affaibli , et quels moyens n'a-t-on pas employés pour éteindre sa voix! Notre siècle n'a-t-il pas demandé à quoi servent les gem qui prient? Comment la prière pereera-t-elle les ténèbres, lorsqu'à peine il lui est permis de se faire entendre le jour? Mais je neveux pas m'égarer dans ces tristes pressentiments. Vous avez dit tout ce qui a pu m'échapper sur la nuit, sans avoir dit cependant ce que David en a

Que ce jour se passe sans crime.

Que nos langues, nos mains, nos yeux soient innoconis; Que tout soit chaste en nous, et qu'un frein légitime, Au joug de la raison asservisse nos sens....

Ciiantons l'auteur de la lumière.

Jusqu'au jour où son ordre a marqué notre fin ; Et qu'en le bénissant notre aurore dernière Se perde en un midi sans soir et sans matin, etc., etc., etc.

(Voyez les hymnes du Bréviaire romain, traduites par Racine, dans les œuvres mêlées de ce grand poète.) Celui qui voudra sans vocation essayer quelque chose dans ce genre, en apparence si simple et si facile, apprendra deux choses en jetant la plume : ce que c'est que la prière, et ce que c'est que le talent de Racine.

dit; et c'est à quoi je voulais suppléer. Je vous demande à mon tour la permission de m'en tenir à mon idée principale. Plein d'idées qu'il ne tenait d'aucun homme, David ne cesse d'exhorter l'homme à suspendre son sommeil pow' piner 1 : il croyait que le silence auguste de la nuit prêtait une force particulière aux saints désirs. Tai cherché Dieu, dit-il, pendant la nuit, et je n'ai point été trompé ~. Ailleurs il dit : f ai conversé avec mon cœur. Je m'exerçais dans cette méditation , et f interrogeais mon esprit 3. En songeant d'autres fois à certains dangers qui, dans les temps antiques, devaient être plus forts que de nos jours, il disait dans sa conscience victorieuse : Seigneur, je me suis souvenu de tonnom, pendant la nuit, et j'ai gardé ta loi'^. Et sans doute il croyait bien que l'influence de la nuit était l'épreuve des cœurs, puisqu'il ajoute : Tu as éprouvé mon cœur en le visitant la nuit ^.

L'air de la nuit ne vaut rien pour l'homme matériel; les animaux nous l'apprennent en s'abritant tous pour dormir. Nos maladies nous l'apprennent en sévissant toutes pendant la nuit. Pourquoi envoyez-vous le matin chez votre ami malade demander comment il a passé la nuit, plutôt que vous n'envoyez demander le soir C07nment il a passé la journée? Il faut bien que la nuit ait quelque chose de mauvais. De là vient la nécessité du sommeil qui n'est point fait pour le jour, et qui n'est pas moins nécessaire à l'esprit qu'au corps, car s'ils

1. Innoctibus extoUite manus veslras insancta, etc. (Ps. CXXXIII, 2, passim.)

2. Deum exquisivi manibus nocte, et non su)n deceptus. (LXXVI, 3.)

3. Mediiatus sum nocte cum corde meo, et exercitabar et scopebain spiritum ineum. (LXVVI, 7.)

-i. Memor fui, nocte, nominis lui. Domine, et cuslodivi legein tuam. (CXVIII, 52.) 5. Probasd cor meuni, et visitasH nocte. (XVI, 3.)

étaient l'un et l'autre continuellement exposés à l'action de certaines puissances qui les attaquent sans cesse, ni l'un ni l'autre ne pourraient vivre; il faut donc que les actions nuisibles soient suspendues périodiquement, et que tous les deux soient mis pendant ces intervalles sous une influence protectrice. Et comme le corps pendant le sommeil continue ses fonctions vitales, sans que le principe sensible en ait la conscience, les fonctions vitales de l'esprit continuent de même, comme vous pouvez vous en convaincre indépendamment de toute théorie, par une expérience vulgaire, puisque l'homme peut apprendre pendant le sommeil, et savoir, par exemple, à son réveil, des vers ou l'air d'une chanson qu'il ne savait pas en s'endormant'. Mais pour que l'analogie fût parfaite, il fallait encore que le principe intelligent n'eût de même aucune conscience de ce qui se passe en lui pendant ce temps; ou du moins il fallait qu'il ne lui en restât aucune mémoire, ce qui revient au même pour l'ordre établi. De la croyance universelle que l'homme se trouve alors sous une influence bonne et préservatrice naquit l'autre croyance, pareillement universelle, que le temps dit sommeil est favorable aux communications divines. Cette opinion, de quelque manière qu'elle doive être entendue, s'appuie incontestablement sur l'Écriture sainte qui présente un grand nombre d'exemples dans ce genre. Nous voyons de plus que les fausses religions ont toujours professé la même croyance : car l'erreur, en tournant le dos à sa rivale, ne cesse néanmoins d'en répéter tous les

1. L'interlocuteur aurait pu ajouter que l'homme possède de plus le pouvoir de s'éveiller à peu près sûrement à l'heure qu'il s'est prescrite à luimême avant de s'endormir; phénomène aussi constant qu'inex[ilicable. Le sommeil est un des grands mystères de l'homme. Celui qui le compren* drail aurait, suivant les apparences, pénétré tous les autres.

[Psote de l'éditeur.)

actes et toutes les doctrines qu'elle altère suivant ses forces, c'est-à-dire de manière que le type ne peut jamais être méconnu, ni l'image prise pour lui. Middleton et d'autres écrivains du même ordre ont fait une grande dépense d'érudition pour prouver que votre Église imile une foule de cérémonies païennes, reproches qu'ils auraient aussi adressés à la nôtre s'ils avaient pensé à nous. Trompés par une religion négative et par un culte décharné, ils ont méconnu les formes éternelles d'une religion positive qui se retrouveront partout. Les voyageurs modernes ont trouvé en Amérique les vestales, le feu nouveau, la circoncision, le baptême, la confession, et enfin la jorésence réelle sous les espèces du pain et du vin^.

Dirons-nous que nous tenons ces mêmes cérémonies des Mexicains ou des Péruviens? 11 faut bien se garder de conclure toujours de la conformité à la dérivation subordonnée : pour que le raisonnement soit légitime, il faut avoir exclu précédemment la dérivation commune. Or, pour en

1. Rien n'est plus vrai que cette assertion. Voy. les Lettres américaines de Carli-Rubbi, in-S», tome I, lettres 4, 5. 6, 9.

Au Pérou, le sacrifice consistait dans le Cancu ou pain consacré, et dans ÏAca oa liqueur sacrée, dont les prêtres et les Incas buvaient une portion après la cérémonie. {Ibid., I, 9.)

« Les Mexicains formaient uue image de leur idole en pâte de maïs qu'ils « faisaient cuire comme un pain. Après l'avoir portée en procession et rap- « portée dans le temple, le prêtre la rompait et la distribuait aux assis- « tants. Chacun mangeait son morceau, et se croyait sanctifié après a avoir mangé son dieu. » (Raynal, Hist. pbil. et pol., etc., liv. VL) Carli a tort de citer ce trait sans le moindre signe de désapprobation. {Ibid., I, 9.) On peut observer ici, en passant, que les mécréants du dernier .siècle, Voltaire, Hume, Frédéric II, Raynal, etc., se sont extrêmement amusés à nous faire dire ; Que nous mangeons notre Dieu après l'avoir fait; qu'aune oublie devient Dieu, etc. Ils ont trouvé un moyen infaillible de nous rendre ridicules, c'est de nous prêter leurs propres pensées ; mais cette proposition, le pain est Dieu, tombe d'elle-même ^jar sa propre absurdité. (Bossuet, Ilist. des Variât., II, 3.) Ainsi tous les bouffons possibles sont bien les maîtres de battre l'air tant qu'ils voudront.

revenir à la nuit et aux songes, nous voyons eue les plus grands génies de Tantiquité, sans distinction, ne doutaient nullement de l'importance des songes, et qu'ils venaient même s'endormir dans les temples pour y recevoir des oracles'. Job n'a-t-il pas dit que Dieu se sert des songes 'pour avertir ï homme"- : avis qu'il ne répète jamais? et David ne disait-il pas, comme je vous le rappelais tout à l'heure, que Dieuvisite tes cœurs pendant la nuit? PlaXon ne veut-il pas qu'on se prépare aux songes par une grande pureté d\ime et de corps'^'l Hippocrate n'a-t-il pas composé un traité exprès sur les songes, où il s'avance jusqu'à refuser de reconnaître pour un vérible médecin celui qui ne sait pas interpréter les songes 4? Il me semble qu'un poète latin, Lucrèce, si je ne me trompe^, est allé plus loin peut-être en disant que les dieux, durant le sommeil, parlent à Vâme et à r esprit.

Enfin Marc-Aurèle (je ne vous cite pas ici un esprit

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