‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 70 sur 93 · Plat., de Leg., VI, opp. tome VIII, p. 310, — ibi · texte numérisé non relu

Plat., de Leg., VI, opp. tome VIII, p. 310, — ibi

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3. La mère de Démostlièties avait été léguée ainsi, et la formule de cette disposition nous a été conservée dans le discours contre Stephanus. [Voy. les Commentaires sur les plaidoyers d'Isœus, par le chev. Jones dans ses œuvres, tome 111, in-4'', pag. 210, 211.).

qarder : il faut un ami dont le zèle ne soit point aveuglé par l'affection'^.

Toutes les législations en un mot ont pris des précautions plus ou moins sévères contre les femmes ; de nos jours encore elles sont esclaves sous l' Alcoran, et bêtes de somme chez le Sauvage : l'Évangile seul a pu les élever au niveau de l'homme en les rendant meilleures ; lui seul a pu proclamer les droits de la femme après les avoir fait naître , et les faire naître en s'établissant dans le cœur de la femme, instrument le plus actif et le plus puissant pour le bien comme pour le mal. Éteignez, affaiblissez seulement jusqu'à un certain point, dans un pays chrétien, l'influence de la loi divine , en laissant subsister la liberté qui en était la suite pour les femmes , bientôt vous verrez cette noble et touchante liberté dégénérer en une licence honteuse. Elle deviendront les instruments funestes d'une corruption universelle qui atteindra en peu de temps les parties vitales de l'État. Il tombera en pourriture, et sa gangreneuse décrépitude fera à la fois honte et horreur.

Un Turc , un Persan , qui assistent à un bal européen , croient rêver : ils ne comprennent rien à ces femmes ,

Compagnes d'un époux et reines en tous lieux, Libres sans déshonneur, fidèles sans contrainte, Et ne devant jamais leurs vertus à la crainte.

C'est qu'ils ignorent la loi qui rend ce tumulte et ce mélange possibles. Celle même qui s'en écarte lui doit sa liberté. S'il pouvait y avoir sur ce point du plus et du moins ^ je dirais que les femmes sont plus redevables que nous au Christianisme. L'antipathie qu'il a pour l'esclavage (qu'il éteindra toujours doucement et infaillible-

1. Hippocr., op. cit. Van der Linden, in-S», tome II, p. 911. — ibi — '£/£'. yàp (pûcïet xô âx6),aaT0v èv éaytyj.

ment partout où il agira librement) tient surtout à elles : sachant trop combien il est aisé d'inspirer le vice, il veut au moins que personne n'ait droit de le commander '.

Enfin aucun législateur ne doit oublier cette maxime : Avant d'effacer l'Évangile , il faut enfermer les femmes, ou les accabler par desloisé pouvantables, telles que celles de l'Inde. On a souvent célébré la douceur des Indous; mais qu'on ne s'y trompe pas : hors de la loi qui a dit , BEATi mites! il n'y a point d'hommes doux. Ils pourront être faibles, timides, poltrons, jamais doux. Le poltron peut être cruel; il l'est même assez souvent : l'homme doux ne l'est jamais. L'Inde en fournit un bel exemple. Sans parler des atrocités superstitieuses que je viens de citer, quelle terre sur le globe a vu plus de cruautés?

Mais nous, qui pâlissons d'horreur à la seule idée des sacrifices humains et de l'anthropophagie , comment pourrions-nous être tout à la fois assez aveugles et assez ingrats pour ne pas reconnaître que nous ne devons ces sentiments qu'à la loi d'amour qui a veillé sur notre berceau? Une illustre nation, parvenue au dernier degré de la civilisation et de l'urbanité , osa naguère , dans un accès de délire dont l'histoire ne présente pas un autre exemple, suspendre formellement cette loi : que vimes-nous? en un clin d'œil, les mœurs des Iroquois et des Algonquins; les saintes lois de l'humanité foulées aux pieds; le sang innocent couvrant les échafauds qui couvraient la France ;

1. Il faut remarquer aussi que si le Christianisme protège la femme, elle, à son tour, aie privilège de protéger la loi protectrice à un point qui mérite beaucoup d'attention. On serait même tente de croire que cette influence tient à quelque afDnité secrète, à quelque loi naturelle. JNous voyons le salut commencer par une femme annoncée depuis l'origine des choses : dans toute l'histoire évangélique, les femmes jouent un rôle très remarquable; et dans toutes les conquête célèbres du Christianisme, faites tant sur les individus que sur les nations, toujours on voit figurer une femme. Cela doit être, puisque... Mais j'ai peur que cette note devienne trop longue.

des hommes frisant et poudrant des têtes sanglantes , et la bouche même des femmes souillée de sang humain.

Voilà l'homme naturel! ce n'est pas qu'il ne porte en lui-même les germes inextinguibles de la vérité et de la vertu : les droits de sa naissance sont imprescriptibles; mais sans une fécondation divine, ces germes n'écloront jamais, ou ne produiront que des êtres équivoques et malsains.

Il est temps de tirer des faits historiques les plus incontestables une conclusion qui ne l'est pas moins.

Nous savons pas une expérience de quatre siècles : Que partout où le vrai Dieu 7ie sera pas connu et servi, en vertu d'une révélation expresse, r homme immolera toujours l'homme , et souvent le dévorera.

Lucrèce, après nous avoir raconté le sacifîce d'Iphigénie (comme une histoire authentique, cela s'entend, puisqu'il en avait besoin) , s'écriait d'un air triomphant :

Tant la religion peut enfanter de maux!

Hélas ! il ne voyait que les abus , ainsi que tous ses successeurs, infiniment moins excusables que lui. Il ignorait que celui des sacrifices humains , tout énorme qu'il était , disparait devant les maux que produit l'impiété absolue. Il ignorait, ou il ne voulait pas voir qu'il n'y a^ qu'il ne peut y avoir même de religion entièrement fausse; que celle de toutes les nations policées , telle qu'elle était à l'époque où il écrivait, n'en était pas moins le ciment de l'édifice politique , et que les dogmes d'Épicure étaient précisément sur le point , en la sapant, de saper du même coup l'ancienne constitution de Rome , pour lui substituer une atroce et interminable tyrannie.

Poumons, heureux possesseurs de la vérité, ne commettons pas le crime de la méconnaître. Dieu a bien voulu

dissimuler quarante siècles^; mais depuis que de nouveaux siècles ont commencé pour l'homme, ce crime n'aurait plus d'excuse. En réfléchissant sur les maux produits par les fausses religions , bénissons , embrassons avec transport la vraie, qui a expliqué et justifié l'instinct religieux du genre humain, qui a dégagé ce sentiment universel des erreurs et des crimes qui le déshonoraient , et qui a renouvelé la face de la terre.

Tant la religion i>euï couriger de maux!

C'est à peu près, si je ne me trompe, ce qu'en peut dire sans trop s'avancer sur le principe caché des sacrifices, et surtout des sacrifices humains qui ont déshonoré toute la famille humaine. Je ne crois pas inutile maintenant de montrer, en finissant ce chapitre , de quelle manière la philosophie moderne a considéré le même sujet.

L'idée vulgaire qui se présente la première à l'esprit et qui précède visiblement la réflexion, c'est celle d'un hommage ou d'une espèce àe présent fait à la Divinité. Les dieux sont nos bienfaiteurs (datores bonorum) ; il est tout simple de leur offrir les prémices de ces mêmes biens que nous tenons d'eux : de là les libations antiques et cette offrande des prémices qui ouvrait les repas'-.

Heyne , en expliquant ce vers d'Homère :

Du repas dans la flamme il jette les prémices s.

I. Actes XVII, 30. Et tempora quidem hujus igiwrantix despiciens Deits, etc. — , ûpepiSwv. Arna'ud, dans le Nouveau Testamentide Mons, traduit : Dieu étant en colère contre ces temps d'ignorance , etc. Et dans une note au bas delà page, il écrit : Autrement, Bleu ayant laissé passer et comme dissimulé; et, suivant la lettre, méprisé ces temps, etc. — En effet , c'est tout à fait autrement.

1. Cette portion de la nourriture, qui était séparée et brûlée en l'honneur des dieux, se nommait chez les Grecs : aparque (àTtap/j)) et l'action même d'offrir ces sortes de prémices était exprimée par un verbe (àTCàp-/£<ï- Oai) aparquer ou commencer (par excellence).

3. O ô' £v Ttypl pi),/£ Su7i>.â;. (Iliad, IX, 220. — Odyss. XIV, 436, 446.)

trouve dans cette coutume Torigine des sacrifices : « Les « anciens, dit-il, offrant aux dieux une partie de leur « nourriture, la chair des animaux dut s'y trouver com- « prise, et le sacrifice, ajoute-t-il, envisagé de cette ma- « nière, n'a rien de choquant^ . « Ces derniers mots, pour l'observer en passant, prouvent que cet habile homme voyait confusément dans l'idée générale du sacrifice quelque chose de plus profond que la simple offrande, et que cet autre point de vue le choquait.

Il ne s'agit point en effet uniquement de présent. A' offrande, de prémices, en un mot, d'un acte simple d'hommage et de reconnaissance, rendu, s'il est permis de s'exprimer ainsi, à \di suzeraineté divine; car les hommes, dans cette supposition, auraient envoyé chercher à la boucherie les chairs qui devaient êtres offertes sur les autels : ils se seraient bornés à répéter en public, et avec la pompe convenable , cette même cérémonie qui ouvrait leurs repas domestiques.

Il s'agit de sang; il s'agit de Y immolation proprement dite; il s'agit d'expliquer comment les hommes de tous les temps et de tous les lieux avaient pu s'accorder à croire qu'il y avait, non pas dans l'offrande des chairs (il faut bien oljserver ceci) , mais dans Y effusion du sang,

1. Apparet {reiigiosum hune ritum) peperisse sacrificiornimnorein ; quippe qux ex epulis domesticis ortum duxerunt , quum cibi vescendi pars resecta pro primitiis offerreUir diis in focum conjicienda : hoc est To àitap-/£(î6at, nec est quod hic mos religiosus displiceat. (Heyne, adloc.)

Cette explication de Heyne ne nie surprend pas-, car l'école protestante en général n'aime point les idées qui sortent du cercle matériel : elle s'en défie sans distinction, et semble les condamner en masse comme vaines et superstitieuses. J'avoue sans difficulté que sa doctrine peut nous être utile à nous-mêmes, jamais à la vérité comme aliment, mais quelquefois comme remède. Dans ce cas, néanmoins, je la crois certainement fausse et je m'étonne que Bergier l'ait adoptée. (Traité hisi. et doym. de la vraie Belig., in-8°, tome II, p. 303, 304; tome VI, p. 296. 297, d'après Porphyre, de Abstin., lib. II, cité, ibid.). Ce savant apologiste voyait très bien : il semble seulement qu'ici il n'a pas regardé.

une vertu expiatrice utile à l'homme : voilà le problème, et il ne cède pas au premier coup d'œil ^

Non seulement les sacrifices ne furent point une simple extension des aparques, ou de l'offrande des prémices Drùlées en commençant le repas; mais ces aparques elles-mêmes ne furent très évidemment que des espèces de sacrifices diminués; comme nous pourrions transporter dans nos maisons certaines cérémonies religieuses, exécutées avec une pompe publique dans nos églises. On en demeurera d'accord pour peu qu'on se donne la peine d'y réfléchir.

Hume, dans sa vilaine Histoire naturelle de la Religion, adopte cette même idée de Heyne, et il l'envenime à sa manière : « Un sacrifice, dit-il, -est considéré comme « un présent : or, pour donner une chose à Dieu, il faut « la détruire pour l'homme. S'agit-il d'un solide, on le «■ brûle; d'un liquide, on le répand; d'un animal, on le « tue. L'homme, faute d'un meilleur moyen, rêve qu'en « se faisant du tort il fait du bien à Dieu ; il croit au moins « prouver de cette manière la sincérité des sentiments « d'amour et d'adoration dont il est animé ; et c'est ainsi « que notre dévotion mercenaire se flatte de tromper <( Dieu après s'être trompée elle-même ". »

l.Les Perses, au rapport de Strabon, se divisaient la chair des victimes, et n'en réservaient rien pour les dieux. Toîç ôéoîç où2àv àuovetfjiavte; [xlpoç). Car, disaient-ils, Dieii n'a besoin que de l'âme de la victime (c'est-à-dire du sang). Trj; yàp <ï>rXH2, <pauï, toû tepetou ôeïaQai tov Geôv, â)-),ou Se oùocvô;. Strabo, lib. XV, p. 695, cité dans la dissertation de Cudwort, de vera notione cœnae Domini, cap. I, n° vu, à la fin de son livre célèbre : Systema intellectuale universum. Ce texte curieux réfute directement les idées de Heyne , et se trouve parfaitement d'accord avec les théories hébraïques, suivant lesquelles l'effusion du sang constitue l'essence du sacrifice. (Ibid., cap. II, n° iv).

2. Hume's Essays and Treatises on several subjects. — The natural Hystory of religion. Sect. IX; London, 1758, in-4°, p. r,ll.

On peut remarquer dans ce morceau, considéré comme une formule gé-

Mais toute cette acrimonie n'explique rien : elle rend même le problème plus difficile. Voltaire n'a pas manqué de s'exercer aussi sur le même sujet; en prenant seulement l'idée générale du sacrifice comme une donnée , il s'occupe en particulier des sacrifices humains.

<( On ne voyait, dit-il, dans les temples que des étaux, « des broches, des grils, des couteaux de cuisine, de « longues fourchettes de fer, des cuillers ou des cuil- « lèves à pot^, de grandes jarres pour mettre la graisse, « et tout ce qui peut inspirer le mépris et l'horreur. Rien « ne contribua plus à perpétuer cette dureté et cette atro- « cité de mœurs , qui porta enfin les hommes à sacri- « fier d'autres hommes , et jusqu'à leurs propres enfants. c< Mais les sacrifices de l'inquisition dont nous avons tant « parlé ont été cent fois plus abominables : nous avons « substitué des bourreaux aux bouchers ~. »

Voltaire sans doute n'avait jamais mis le pied dans un temple antique ; la gravure même ne lui avait jamais fait connaître ces sortes d'édifices, s'il croyait que le temple, proprement dit, présentait le spectacle d'une boucherie et d'une cuisine. D'ailleurs, il ne faisait pas attention que ces grils, ces broches, ces longues fourchettes, ces cuillers ou ces cuillères j et tant d'autres instruments aussi erribles, sont tout aussi à la mode qu'autrefois ; sans que jamais aucune mère de famille^ et pas même h s

nérale, l'un des caractères les plus frappants de l'impiété : c'est le mépris de riiomme. Fille de l'orgueil, mère de l'orgueil, toujours ivre d'orgueil, et ne respirant que l'orgueil, l'impiété ne cesse cependant d'outrager la nature humaine , de la décourager, de la dégrader, d'envisager tout ce que l'homme a jamais fait et pensé, de lenvisager, dis-je , de la manière la plus humiliante pour lui, la plus propre à l'avilir et à le désespérer : et c'est ainsi que, sans y faire attention, elle met dans le jour le plus resplendissant le caractère opposé de la religion, qui emploie sans relâche l'humililé pour élever l'homme jusqu'à Dieu.

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