LE SOMMEIL DU LOUP
La fille est jeune et belle, Et le chamois n'a pas, Non! de plus légers pas.
Ni de plus grands yeux qu'elle.
Beau sire loup, dormez bien fort î
La bergère se penche, Cueille un peu d'herbe en fleur, Que le chamois, sans peur, Mange dans sa main blanche.
Beau sire loup, dormez bien fort!
— Ah! bergère, ah! la belle, Dit près d'elle une voix:
Que ne suis-je chamois!....
— Si vous l'étiez ! fit-elle. —
Beau sire loup, dormez bien fort!
— J'oublierais ma patrie.
Mon Alpe et mon glacier.
Pour rester prisonnier A ma crèche fleurie. —
Beau sire loup, dormez bien fort!
266 LÉGENDES ET VIEUX REFRAINS
Le berger, la bergère S'en vont et, les suivant, Court et danse en avant La chevrette légère.
Beau sire loup, dormez bien fort!
Droit sous sa forteresse Le loup les voit passer, Le loup les voit danser.
Il pleure d'allégresse.
Beau sire loup, dormez bien fort !
Il pleure ! c'est merveille !
Mais hélas! peu s'en faut Que sur l'heure, en sursaut, De pleurer ne l'éveille.
Beau sire loup, dormez bien fort !
Sans que la faim le ronge.
Ainsi rêve le loup.
Qui s'applaudit beaucoup Et fait maint autre songe :
Beau sire loup, dormez bien fort!