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LA BELLE, PASSANT AU SOIR

Ils disent, quand je passe.

Quand je passe près d'eux Sans que rien m'embarrasse, Mais sans lever les yeux.

ou s'en vont les jeunes filles

Mais sans lever les yeux...

Oïl va la belle ?

Où s'en va-t-elle ?...

Mais sans lever les yeux, Sinon sur qui je veux.

Ils disent : « La plus belle » (C'est assez disputé!), » C'est elle, oui, c'est elle, » La perle de beauté, » La perle de beauté... »

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle?

« La perle de beauté ! »

On me l'a répété.

» Voyez sa tresse blonde ! » Ses bras qui rendent fous » Les bergers à la ronde !

» Voyez ses yeux si doux, » Voyez ses yeux si doux... »

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle ?

« Voyez ses yeux si doux, » Et c'en est fait de vous ! »

Ils disaient : et honteuse D'avoir si bien saisi Leur parole menteuse, Je me sauvais ici,

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Je me sauvais ici...

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle ?

Je me sauvais ici, Et retournais aussi.

Ah ! dans ce temps de rêve, Mais plus vite expiré Qu'un beau jour qui s'achève, Qu'ai-je donc désiré, Qu'ai-je donc désiré ?...

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle ?

Qu'ai-je donc désiré, Tant que j'en ai pleuré ?

Désiré d'être reine.

D'être reine à mon tour.

Le soir, à la fontaine.

D'avoir aussi ma cour, D'avoir aussi ma cour...

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle?

D'avoir aussi ma cour.

Et d'être aimée un jour.

Un jour, c'est peu de chose ; Mais un jour je le fus...

Il vint à la nuit close; Il me dit..., je le crus,

ou s'en vont les jeunes filles

Il me dit..., je le crus...

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle ?

Il me dit..., je le crus...

Et puis il ne vint plus.

Je m'en souviens à peine.

Il était triste et beau;

Il me dit : « Sois ma reine ! »

Et voilà son anneau,

Et voilà son anneau...

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle ?

Et voilà son anneau, Que j'emporte au tombeau.

Son anneau, que j'emporte.

Il ne m'a pas quitté.

Je voudrais être morte.

Ou mieux l'avoir été. Ou mieux l'avoir été*..

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle ?

Ou mieux l'avoir été...

L'anneau seul m'est resté.

Mais l'anneau..., quel caprice î Il était trop étroit ; Et maintenant il glisse, Il glisse de mon doigt,

LÉGENDES ET VIEUX REFRAINS

Il glisse de mon doigt...

Oïl va la belle ?

Où s'en va-t-elle?

Il glisse de mon doigt Maigre, livide et froid.

Donnez-moi, tante Rose, Mon œillet tacheté ; Donnez, que je l'arrose, Comme au dernier été, Comme au dernier été...

Oîi va la belle ?

Oîi s'en va-t-elle?

Comme au dernier été, Lorsque j'ai tant chanté.

De quoi l'arroserai -je?...

Seule, les seaux du puits.

Comment les lèverai -je.

Seule comme je suis.

Seule comme je suis...

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle ? Seule comme je suis.

Avec mes bras détruits ?

Quand je tirais la chaîne, Sa main suivait ma main.

Lentement, à grand'peine, Mais pourtant à la fin.

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Mais pourtant à la fin...

Oïl va la belle ?

Où s'en va-t-elle?

Mais pourtant, à la fin, Arrivait le seau plein.

« — Oh ! là, dans le puits sombre, » Voulez-vous donc me voir ? »

Disait-il : et, dans l'ombre.

Nous allions nous asseoir, Nous allions nous asseoir !

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle ?

Nous allions nous asseoir !

Moi, j'y vins seule un soir.

L'eau peut dormir tranquille Au puits silencieux.

Moi, pour ma fleur débile, A présent j'ai bien mieux, A présent j'ai bien mieux...

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle ?

A présent j'ai bien mieux :

Un ruisseau dans mes yeux.

Venez voir, tante Rose î Mon œillet, tout mouillé De l'eau dont je l'arrose.

Mon œillet réveillé.

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Mon œillet réveillé...

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle?

Mon œillet, réveillé, Soudain s'est effeuillé.

Et puis que chanterais-je ?

Serait-ce : « Oh bien, dis-moi, » Belle, plus que la neige, » Plus blanche, par ma foi, » Plus blanche, par ma foi!....

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle ?

» Plus blanche, par ma foi !.... »

On se moque de toi.

Ou bien encor : « La fraise » Est mûre au bois, dit-on.... »

La chanson est mauvaise, La voix n'a point de son, La voix n'a point de son....

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle?

La voix n'a point de son.

Mauvaise est la chanson.

La chanson est mauvaise, Mauvaise est la chanson.

Quel chant peut mettre à l'aise Un cœur dans sa prison.

ou s'en vont les jeunes filles

Un cœur dans sa prison....

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle ?

Un cœur dans sa prison, Quand il meurt tout de bon!

Oh ! baisez-moi, ma mère.

Mais non pas sur mes yeux :

Leur blessure est légère ; Ni sur mes longs cheveux, Ni sur mes longs cheveux....

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle?

Ni sur mes longs cheveux.

Qui n'enchaînent pas mieux.

Ni sur ma joue éteinte, Ni sur ma bouche, hélas!

Qui murmure sa plainte, Ni sur mes pauvres bras, Ni sur mes pauvres bras....

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle?

Ni sur mes pauvres bras, Non, ne me baisez pas!

Mais baisez-moi, ma mère, Quand d'autres danseront.

Et qu'hélas ! dans ma bière Vos mains m'arrangeront.

LÉGENDES ET VIEUX REFRAINS

Vos mains m'arrangeront....

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle?

Vos mains m'arrangeront, Baisez-moi sur le front.

Mère! mère! que vois-je?

Qui m'appelle en chantant ?

Faut-il aller ? le dois-je ?

Il me presse, il m'attend, Il me presse, il m'attend....

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle?

Il me presse, il m'attend :

Il sera si content.

Nous danserons ensemble, Ensemble au bord de l'eau.

Mettez-moi (ma main tremble) Mon collier, mon chapeau, Mon collier, mon chapeau....

Où va la belle?

Où s'en va-t-elle ?

Mon collier, mon chapeau.

Ce que j'ai de plus beau.

D'ici, je vois leur ronde.

De mon lit soupirant.

Là-bas, au bout du monde.

Où les prés, en mourant.

ou s'en vont les jeunes filles

Où les prés, en mourant,

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle ?

Où les prés, en mourant, Descendent au torrent.

Venez, venez, ma mère! Montons sur le coteau.

Là, parmi la bruyère, Que voit-on de nouveau ?

Que voit-on de nouveau ?

Où va la belle ?

Où s'en va-t-elle?

Que voit-on de nouveau?

Hélas ! rien qu'un tombeau.

LA moissonneuse (Tableau flamand.)

Qui ne connaît la belle moissonneuse, Parmi les blés chantant le long du jour, Prompte à l'ouvrage, alerte et matineuse, Mais, vers le soir, babillarde d'amour!

Qui ne l'a vue, au détour de la haie. Debout, sa main écartant le buisson,

LÉGENDES ET VIEUX REFRAINS

Suivre au sentier, d'un œil que rien n'effraie, Le voyageur.... si c'est un beau garçon!

Sur ses cheveux sa large coiffe ailée Deçà, delà, lui fait toujours faux bond, Et sur son cou, sur sa nuque hâlée.

Tresses par ci, tresses par là s'en vont, Sa taille est droite, ainsi qu'un Jeune frêne. Mais ronde et souple, autant qu'à la moisson Le blé qui plie au moindre vent qui traîne ; Et son cœur bat.... bat pour un beau garçon.

Elle l'aborde, autant et plus vermeille Que sous l'épi le pavot radieux ; Sa lèvre en rit, mais ce n'est pas merveille, Car on en voit rire même ses yeux.

Elle l'agace, et fait la raisonneuse, Lui jette au nez javelles à foison. Vite, sans plus ! la belle moissonneuse. Qu'on la marie avec un beau garçon!

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