LE LUTH SAUVAGE
Je ne suis pas un grand poète, Mais j'ai pourtant, là, dans le cœur, Quelques chansons, que je répète Tristement, sur un air moqueur.
A qui pourrais-je les apprendre?
A récho seul, si je m'en crois...
Timide et fier, naïf parfois,
Sauvage et tendre, Je n'ai qu'un luth au fond des bois.
Pourquoi le monde est-il si triste?
Pourquoi fait-il peur ou pitié ?
Tout est miné, rien ne résiste ; Partout un serpent sous le pie.
Dans la forêt, qui me recueille. Quand ont passé dames et rois.
Je laisse aller, monter ma voix
De feuille en feuille...
Je n'ai qu'un luth au fond des bois.
Quand, le soir, rentrent les familles.
Que le feu rit au noir foyer, Et qu'en marchant, les jeunes filles Se parlent bas dans le sentier ; L'une à l'écart chante, distraite.
Un bout de refrain villageois.
Sans savoir qu'il fut une fois
Un vieux poète Qui le chantait au fond des bois.
LE POÈTE ET SON ŒUVRE