‹ Œuvres choisies;Chapitre 31 sur 194 · LE TEMPS S'EN VA · texte numérisé non relu

LE TEMPS S'EN VA

(Chanson pour mon père et pour Eysins. — 1838.)

Voici trois jours que des flots de nuages, Brumeux déluge, engloutissaient l'azur ; Mais, comme un vol d'aigles aux blancs plumages, Les monts enfin planent dans le ciel pur ; Ainsi le Temps, brouillard au vent funeste. Voile oïl se perd l'immortelle beauté, Le Temps s'en va, mais l'Eternité reste, L'Eternité ! l'Eternité !

Plus de chansons, plus de couples fidèles Dans le tilleul, chauve comme un vieillard ! Au bord du toit, déjà les hirondelles Forment leurs rangs et sonnent le départ. Toujours montant vers le portail céleste. Traînant au seuil le Monde épouvanté.

Le Temps s'en va, mais l'Eternité reste, L'Eternité ! l'Eternité !

Notre sentier dans le gazon serpente, Là, d'une ronce en passant écharpé.

Luttant, ailleurs, contre une aride pente, Ou d'une fosse, hélas ! bien mieux coupé. Marcheur vaillant, dont chaque pas s'atteste Par une tombe au sol ensanglanté.

Le Temps s'en va, mais l'Eternité reste, L'Eternité ! l'Eternité !

LE TEMPS S'en va

De maux présents et de peines passées Quel sombre amas, quel douloureux trésor î Sans les tarir que de larmes versées ! Et, jusqu'au bout,» que de chagrins encor ! L'homme avec Dieu sans fin ruse et conteste, Puis, recueillant notre cœur tourmenté.

Le Temps s'en va, mais l'Eternité reste, L'Eternité ! L'Eternité !

En vain se dresse, aux lieux que nul n'évite, Le noir rocher de l'antre de la mort : C'est un jalon, ce n'est pas la limite, C'est du chemin le souterrain effort.

Notre œil s'arrête à ce bord qu'il déteste ; Mais au delà brille l'Immensité.

Le Temps s'en va, mais l'Eternité reste, L'Eternité ! L'Eternité !

Dans le tombeau le Passé dort encore, Et l'Avenir, en ses abîmes sourds.

N'est du Néant qu'une incertaine aurore ; Le Présent seul existe, il vit toujours : Comme lui-même ainsi plaide et proteste Ce Temps qui meurt en immortalité.

Le Temps s'en va, mais l'Eternité reste, L'Eternité î l'Eternité !

Verbe infini qui façonnas les mondes.

Qui dans le vide assemblas l'univers.

Et qui jetas à l'écume des ondes, Comme des fleurs, les îles sur les mers !

LA FAMILLE

Toujours la vie en toi se manifeste :

Le ciel fût-il par ton souffle emporté, Le Temps s'en va, mais l'Eternité reste, L'Eternité ! l'Eternité !

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