LA SUPPLIANTE
Cette chanson a été composée à l'occasion d'une vente en faveur de la cathédrale de Lausanne, qui avait besoin de réparations coûteuses et devant lesquelles le gouvernement semblait hésiter. Elles ont été faites, dès lors, sous l'habile direction de M. Viollet-le-Duc. (Les éditeurs.)
Sur la colline où Lausanne s'étale, La suppliante appelle à son secours.
La suppliante est notre cathédrale.
Qui sent fléchir ses arceaux et ses tours. Comme une aïeule, encor grande, encor belle, Mais dont le temps fait trembler les genoux,
POLITiaUE. REGRETS, ETC.
« O mes enfants, soutenez-moi, dit-elle, Soutenez-moi, je vais tomber sans vous.
» C'est moi qui suis de toute votre histoire La gardienne, et qui fais du passé Revivre encor parmi vous la mémoire, Témoin présent de cet âge effacé :
Moi qui déjà des chevaliers antiques Pacifiais les différends jaloux.
Moi qui préside à vos fêtes civiques ; Soutenez-moi, je vais tomber sans vous.
» Sur le penchant qui jusqu'à moi s'étage, On me salue et je rends les saluts.
Il manquera quelque chose au rivage, Quand du passant l'œil ne m'y verra plus. Des monts sereins et du lac qui se ride Au souffle errant d'un soir tranquille et doux. On cherchera... Rien que ma place vide! Soutenez-moi! je vais tomber sans vous.
» Si je succombe, à vous en soit la honte ! Vos devanciers furent meilleurs pour moi. C'est de mon sort vous seuls qui rendrez compte. Vous qui manquez moins d'argent que de foi. Soutenez-moi! sinon, comme un outrage, — Regret tardif, inutile courroux, — Sur votre honneur, votre nom et votre âge, Sur vous enfin, je tomberai sur vous. »
Paris, le i8 mai 1870.