SCÈNE PREMIÈRE
RADBERT, ÏHÉOBALD, Serviteurs travaillant à fourbir des épées, des arcs. Radbert est assis devant une table où est une sorte d'échiquier.
RADBERT
Théobald, vois un peu s'il n'arrive personne Près des bois, du côté de la Marche saxonne ?
THÉOBALD
Pas encor, sire moine.
RADBERT
Et près du Rhin ?
THÉOBALD
Non plus.
RADBERT, à part.
Pourtant le comte, après deux mois d'absence...
(Aux serviteurs. ï
Or sus,
C'est l'heure du repos. Mais laissons aux esclaves Les vils plaisirs : il sied que les vôtres soient graves. Venez 1 — Voyez ce jeu. Jeu très noble !
THÉOBALD, se rapprochant de la table.
Est-il vrai ?
RADBERT
Inventé l'an dernier par Wibold de Cambrai Pour Charlemagne même.
THÉOBALD
Oh ! ce jeu, j'imagine, Doit être digne en tout d'une telle origine.
RADBERT
Oui, par son nom d'abord. C'est le jeu des vertus : Les joueurs à ce jeu ne sont jamais battus ; Je vais vous l'expliquer.
THÉOBALD
Moi, je suis tout oreilles.
(Les serviteurs se groupent autour de Radbert.)
RADBERT
Ce tableau se divise en cases bien pareilles, Cinquante-six... Voyez! Sur chacune est écrit Le nom d'une vertu du cœur ou de l'esprit...
THÉOBALD
Cinquante-six vertus ! C'est une forte somme,
Et pour les pratiquer c'est bien peu d'un seul homme !
Et comment s'y prend- on, sire Radbert?
RADBERT
Voici.
On a chacun trois dés, on les agite ainsi...
THÉOBALD
Très bien :