ACTE DEUXIÈME
SOFIA
Non ! tuer Mahomet comme un soldat vulgaire, Gomme Holopherne, rendre assassinat pour guerre, Non ! le tuer serait le grandir aujourd'hui, Et la force d'ailleurs ne peut rien contre lui.
JONAS
C'est vrai sans doute. Après la défaite subie, C'en est fait, je le sais, des Juifs de l'Arabie. Notre roi massacré sous les murs de Cammous, Vingt mille musulmans prêts à fondre sur nous, Tout est perdu, le flot de l'Islam nous inonde ; En quinze ans, Mahomet a fait son œuvre immonde ; En quinze ans ! tout s'incline ou tremble sous sa loi. Il est le maître, oh ! oui !
SOFIA
Du monde, pas de moi !
Où sont-ils, nos héros, cadavres misérables ? Les chacals du désert les disputent aux sables, Mais je les vengerai !
JONAS
Tu le veux, mais comment 1
SOFIA
Je le sais, et je sais qu'il viendra ce moment !
— Il faut abaisser l'homme, afin d'abaisser l'œuvre !
Et d'abord, j'entrerai, comme fait la couleuvre,
Dans l'antre du lion, du superbe vainqueur,
Et je lui laisserai l'âpre morsure au cœur.
Pour atteindre ce but, jusqu'à l'heure suprême,
Je sacrifierai tout...
jonas Ton sang ?
SOFIA
Mon honneur même !
JONAS
Quel est donc ton projet, quel espoir est le tien?
27<) MAHOMET
SOFIA
On dit que je suis belle ?
JONAS
Oui, très belle.
SOFIA
C'est bien.
Oui, dans son camp maudit, au milieu de ces femmes Qui le suivent pour voir ses triomphes infâmes, J'entrerai, s'il se peut. Calme, attentive à tout, Méprisant le danger, surmontant le dégoût, Saisissant le hasard, l'œil fixé sur ma proie, J'attendrai le moment de justice et de joie ! — Comme ces durs vainqueurs que ta voix condamna, 0 mon Dieu, comme Oreb, Zébée et Salmana, Comme FIduméen, comme le Moabite, Que la vengeance enfin, froide, lente ou subite, Saisisse Mahomet !
(Elle regarde au dehors.)
Pars, vieillard... les voilà !
JONAS
Prophétesse, que Dieu te garde !
(Il sort rapidement par la gauche.)
SOFIA, apercevant les arbres qui entourentle couvent,et allant s'y cacher.
C'est cela !