‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 238 sur 387 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

Je permets à la mort de visiter l'apôtre !

Je n'ai plus qu'un orgueil c'est mourir mieux qu'un autre.

(Regardant Ayesha.)

Tout à l'heure quelqu'un me reprochait Jésus...

Ton calme, ta bonté, je ne les ai pas eus,

Et je suis 1 envieux de ta vertu sévère ;

0 Christ 1 Je veux du moins imiter ton calvaire !

— Safwan... Safwan !

(Il le mène à l'écart : )

Ecoute : Dieu nous voit.

La mort, c'est le pardon qu'on donne et qu'on reçoit ! Homme, sois pardonné ! Je rachète ta faute.

(Il appelle Ayesha, et la prend à part )

Ayesha, ma justice à cette heure est plus haute : Puisque j'ai pu tomber dans le chemin mauvais, Moi l'homme, toi la femme, hélas ! tu le pouvais. Victime de ma fière et sombre destinée, Vis pour le repentir ; femme, sois pardonnée !

(Ayesha et Safwan tombent à ses pieds en pleurant.) MAHOMET, apercevant Sofia immobile à droite.

Sofia...

(Il va à elle et lui dit tout bas.) Quel que soit le secret de ton cœur, A cette heure clémente où Dieu seul est vainqueur, Malgré ta trahison, tes noires espérances, Je ne veux rien savoir de toi que tes souffrances ! Et le seul châtiment qui doit suivre tes pas, Ce sera mon pardon.

SOFIA, d'une voix sourde.

Je ne l'accepte pas !

Parmi les chants, les fleurs, sous ces arcades roses, Tu vas monter vers Dieu dans les apothéoses : Devant ta mort superbe on verra jusqu'au bout Un peuple prosterné : je resterai debout.

H4G MAHOMET

Israël, quel que soit l'ennemi qui le morde, Ne reçoit de pardon pas plus qu'il n'en accorde ! Vainqueur on peut mourir en pardonnant — hélas ! Israël, le vaincu des siècles, ne meurt pas !

MAHOMET, avec douceur.

Et bien, je n'aurai pas même un dernier reproche Pour toi, Juive : que Dieu te juge !

(Il lui pose la main sur le front, puis revient vers la foule.)

L'heure approche...

Je pardonne aux méchants dont j'ai subi l'effort, Je pardonne au malheur, à la vie, à la mort !

(11 va prendre Abou-Becker par la main.)

Abou-Becker, voici mon anneau de pontife ; Sois le chef des Croyants, sois le premier khalife, Et dans l'ombre d'Allah marche dès aujourd'hui, — Croyants, inclinez-vous, je le veux, devant lui,

(La foule obéit.)

L'ange vient... Ayesha, détourne ton visage Pour ne pas voir la mort dont je sens le passage : Je t'effrairais avec mes yeux déjà glacés !

(Il va en chancelant, et à reculons, vers le tombeau, et écarte d'un geste un peu impatient et fier ceux qui veulent le soutenir.)

Laisse-moi... j'irai seul vers la tombe. Laissez !

(Il se rapproche du tombeau.)

Hélas ! de quelque nom que l'avenir me nomme,

Je rêvais d'être un Dieu... C'est assez d'être un homme!

(Il arrive au tombeau et y pose la tète au milieu des drapeaux qui le couvrent.)

Avant que s'ouvre au ciel la porte où tu frappas, Prophète, nous voulons baiser tes derniers pas ! (Il se jette à genoux, ainsi que la foule, en baisant la trace de Mahomet.) Adieu ! va faire luire, entre les bleus pilastres Du iirmament, tes yeux mortels changés en astres !

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