SCÈNE VI ORFINIO, ZANI, GUISEPPE
ZANI
Tu rentres donc déjà ?
ORFIMO
Certainement.
GUISEPPE
Ah! ça, pourquoi prends-tu ces airs d'enterrement?
ZANI
Orfinio, viens donc avec nous. Camarade,
Je connais une auberge, ici, près de la rade,
Où Ton boit un certain vin de Montefiano
Qui nous ferait grand tort s'il se changeait en eau !
Viens avec nous.
ORFINIO, d'un ton grave.
Le vin me fait l'humeur plus noire, Allez sans moi.
GUISEPPE
Mais, si tu refuses de boire, Fais mieux. J'ai découvert une belle, là-bas, Qui porte ce surnom : « Maman, je ne veux pas! » Allons dans l'intérêt de la chose publique, Lui demander comment ce surnom-là s'explique.
ORFINIO
Allez sans moi.
GUISEPPE
Pour un sergent des condotti, C'est mal ! Par les vertus on est vite abruti. Viens donc.
ORFINIO
Je ne suis pas vertueux...
ZAM
Donc, j'insiste.
ORFIMO
Mais je trouve que la débauche rend plus triste 1
ZAM
Le ciel pour un aveugle est toujours pluvieux ! Pour être gai mon cher, attends-tu d'être vieux? Tu ne lis même pas, j'en ai fait la remarque, Les livres amusants.
GUISEPPE
Il doit lire Pétrarque !
ZAM
C'est une maladie, et l'on veut t'en guérir. J'ai des livres chez moi que je tiens à t'offrir, Très mignons et très fous ! Avec toi je partage, Viens.
orfimo
Non ; ces livres-là m'attristent davantage.
GUISEPPE
Ta marraine, voulant t'éviter tout remord, J'en jurerais, l'exige ainsi, mais elle a tort !
ZAM
Sais-tu qu'elle est charmante et belle, ta marraine? Trop de vertu ! Mais c'est la grâce souveraine, Quelque chose de tendre à la fois et de fier; Je la voyais passer sur la lagune hier;
Quoiqu'un vin de Corso me fît tituber presque, Si l'on m'avait offert de danser la mauresque Avec elle, j'aurais essayé, sur ma foi! De faire mieux encor !
ORFINIO, violemment.
Tais-toi, Zani, tais-toi !
ZANI, à Orfinio.
Tu te fâches ! Adieu. Mais une autre remarque
Que j'ai faite...
GUISEPPE
Va-t'en 1 ZANI, sortant avec Guiseppe.
Bonsoir ! Il lit Pétrarque !