ACTE DEUXIÈME
ORFINIO
Puis?
STELLINA
Je suis très coquette et cela n'est point sage, Mais je sais qu'une fleur va bien à mon corsage, Et j'aime à mon doigt blanc voir briller un anneau De ces verres pourprés qu'on fait à Murano .
Après ?
STELLINA
C'est presque tout, mais c'est trop pour vous plaire . Ainsi donc je n'aurai ni dépit ni colère, Et mon sourire ami suivra toujours vos pas 1 » Si vous me dites : « Non je ne vous aime pas ! »
ORFINIO
Puisqu'il en est ainsi, j'essaierai de tout dire. Vous avez la beauté, la grâce, le sourire ; Un ange, qui passait dans l'azur, s'inclina Pour vous donner ce nom doux et pur : Stellina ! Et dans vous, dans ce cœur et dans ces yeux sans voile, Tout ressemble à ce nom : oui, la petite étoile ! Astre pour rayonner et femme pour charmer, Hélas ! c'est pour cela qu'il ne faut pas m'aimer !
STELLINA
Laissez-moi rire encore ! Expliquez-moi, j'exige...
ORFINIO
Il ne faut pas aimer Orfînio, vous dis-je !
Mon cœur n'est pas de ceux qu'on a le droit d'offrir ;
Je suis né pour souffrir et pour faire souffrir !
STELLINA
Quoi ! vous souffrez ? Et moi qui riais tout à l'heure l Je n'ai jamais pleuré, voulez-vous que je pleure ? Non. Vous verriez, au lieu d'un regret triste et doux, Dans ma première larme un reproche pour vous !
Mais du moins, dites-moi quelle est votre souffrance 1 Un triste souvenir ? Une fausse espérance ? Une amitié perdue ? ou quelque trahison ? Dites-moi tout ! Souvent — je sens que j'ai raison — Avec un doux regard, une simple parole, Celle qu'on n'aime pas est celle qui console !
ORFIMO
Ah ! si vous le pouviez...
(Avec plus de tristesse encore.) Mais non !
STELLINA
Je me trompais !
Que Dieu vous garde alors et vous rende la paix 1 Moi-même, quand j'avais douze ans — quelle folie ! — Je regardais le monde avec mélancolie, C'est un air que l'on prend ! J'ai changé ; c'est pourquoi Peut-être, Orfinio, ferez- vous comme moi. — Mais parlons, je le veux, plus gravement encore. Quel sera l'avenir pour nous deux ? Je l'ignore. Si vous me revenez, vous trouverez plus tard Et la même tendresse et le même regard ; Je serai jusque-là, si Dieu ne m'abandonne, L'amie au cœur clément qui plaint et qui pardonne !
(Elle va pour sortir et rencontre Camilla qui, depuis un instant est arrivée au fond comme une personne qui cherche.)