SCÈNE V ORF1NIO, STELLINA
Stellina..,
ORFINIO, se plaçant devant elle.
STELLINA, s'arrêlant.
Quoi ! Seigneur Orfinio, c'est vous ?
Oui, je vous attendais.
STELLINA
Pourquoi ?
ORFINIO
C'est qu'il est doux, A cette heure du soir mystérieuse et tendre, De penser à tous ceux que l'on aime et d'attendre.
STELLINA
Mais vous ne m'aimez pas.
ORFINIO
Qui vous l'a dit ?
STELLINA
Comment !
Mais c'est vous-même, hier ! J'ai ri sur le moment, Ce n'était pas flatteur, pourtant. Mais je suis bonne ; Et puis, je vous l'ai dit, quand on aime, on pardonne.
442 LE FILS DE l'aRÉTIN
ORFINIO
Vous m'aimez donc toujours.
STELLINA
Comme hier.
ORFINIO
En ce cas, Je veux vous expliquer que moi-même...
Non pas.
A l'église, voyez, j'arrive la dernière.
ORFINIO
Je veux vous voir...
STELLINA
Alors, venez à la prière !
ORFINIO
Mieux vaut rester ici dans la douceur du soir, G est ici qu'est l'amour !
STELLINA, montrant l'église.
C'est là qu'est le devoir, La véritable joie ou le recours suprême, Et je le comprends mieux depuis que je vous aime.
ORFINIO
Reste ma Stellina, puisque tu m'aimes !
STELLINA
Non.
Mes prières, je veux y mêler votre nom.
ORFINIO
Tes prières... l'amour, Stellina, t'en adresse
Une autre qui vaut mieux que vêpres et que messe !
STELLINA
Ami, vous m'affligez avec ces airs moqueurs ! La prière à l'amour ne ferme pas les cœurs,
Non, mais elle les rend plus digne l'un de l'autre ;
Nos misères, car j'ai la mienne et vous la vôtre,
Nos tristesses, nos pleurs, nos plaintes, nos combats,
Ne sont rien quand à Dieu l'on en parle tout bas !
Lorsque deux époux s'agenouillent ensemble,
Le moins bon au meilleur pour un moment ressemble,
Et lorsque lentement se lèvent leurs genoux,
La femme a l'œil plus grave et l'homme l'œil plus doux !
— Venez, Orfinio, venez à la prière !
ORFINIO
Non, reste, je le veux !
STELLINA, presque gaiement.
Ah ! vous ne m'aimez guère !
Quoi ! Vous répondez : Non ! au premier de mes vœux, Et quand moi je dis : Non ! Vous répondez : Je veux !
ORFINIO, se plaçant devant elle.
Tu resteras, enfant !