ACTE TROISIÈME
ORFINIO
Allez-vous-en, vous dis je !
Je vous l'ai demandé deux fois, souvenez-vous ! Ce sera mon excuse... Adieu ! Mieux vaut pour tous Que vous partiez ! je souffre 1... Allez-vous-en !
ANGELA
Non, certe !
Longtemps à vos chagrins mon âme fut ouverte ; Surtout quand vous souffrez ! Ne me cachez donc rien ; Votre cœur trouvera l'indulgence du mien, Comme autrefois ! Allons, mon fils, malheur ou faute, Dites-moi tout, sans crainte, à cœur libre, à voix haute Votre main dans ma main !
ORFINIO, lui prenant la main avec agitation.
Vous le voulez ainsi ?
ANGELA
Qu'avez-vous, mon enfant? Venez, venez ici.
(Elle le conduit sous les rayons de la lune qui se lève.) La fièvre est dans vos yeux !
ORFINIO
C'est au cœur qu'est la fièvre, Et c'est la passion qui fait trembler ma lèvre I
ANGELA
La passion... pour qui? pour qui donc, mon fils?
ORFINIO
Non!
Il ne faut plus jamais me nommer de ce nom!
ANGELA, s'éloignant de lui.
Que dit-il?
ORFINIO
A parler vous m'invitiez vous-même :
Eh! bien, donc, Angola je vous aime... je t'aime!
(Camilla parait au fond et reste dans l'ombre.)
446 LE FILS DE l'aRÉTIN
Que dites-vous ? — Mon Dieu ! . . . Quoi ? ce rêve odieux. . . 11 est fou ! Dites-moi qu'il est fou, justes cieux !
orfinio
Oui, sans doute, et bien fou ! Mais d'où vient ma folie? Angela, c'est de toi ! Le reste, je l'oublie, Je ne veux plus souffrir ! Ma mère, disais-tu. Non, non ! Car tout en toi, jusques à ta vertu M'entraîne et me ferait courir même à l'abîme, Et, si tu l'appelais le crime, même au crime ! Je n'y résiste plus, et puisqu'en cet instant...
(Il va vers elle les bras tendus.)
ANGELA, reculant avec effroi.
Ah! malheureux enfant, va-t'en! va-t'en! va-t'en!
ORFINIO, cherchant à la saisir.
Non! Dût la foudre ici sur mon front abattue...