SCÈNE III Les Mêmes, BLANCHE
BLANCHE, qui depuis un moment écoutait au fond. Donnez ! Je lirai, moi.
(Geoffroy fléchit un genou devant la reine et lui offre le parchemin.) BLANCHE, lisant.
Chanson ferai pour dame douce et belle ; Amour le veut, amour ! Et c'est assez Pour le renom de cette chansonnelle ; Va, ma chanson à Celle que je sais !
Va, ma chanson qui de mes pleurs est née, Comme l'oiseau qui part avant le jour, Trouver au loin la blonde couronnée, Et conte-lui ma tristesse d'amour ;
Dis mon amour à la comtesse blonde, Ce que je souffre et me plais à souffrir Pour la plus noble et la meilleure au monde, Et lier serai si j'en devais mourir ;
N'obtiendrai rien que son mépris peut-être ; Peut-être aussi ses regards courroucés S'attendriront, me pouvant mieux connaître ; Va, ma chanson, à Celle que je sais !
ROBERT
Je m'y connais fort peu, mais la chanson me touche ; L'homme qui fit ces vers n'est point dur et farouche.
DAME SARRETTE
Pour qui sont-ils, ces vers remplis d'un amour tel?...
BLANCHE, vivement.
Je devine!... C'est pour Diane de Réthel...
Ou bien pour Isabeau de la Marche... peut-être...