ACTE PREMIER
HUGONNBL
Ce n'est pas tout encor ! Dans cette ville folle
Qu'on appelle Paris, dont vous êtes l'idole
— Pour le moment du moins — comment gouvernez-vous?
Plus mal que le feu roi Louis Huit, votre époux,
Mon frère! Comme lui vous n'êtes jamais lasse
De flatter les bourgeois, les clercs, la populace,
Et grâce à vous qu'on voit faire un pareil métier,
L'exemple se répand dans le royaume entier ;
Enfin — et cette idée est de vous, j'imagine —
Certain Robert Sorbon, de très mince origine,
Qui fonda je ne sais quel collèg-e de fous,
Gouverne tout ici, votre fils comme vous;
C'est lui qui le dirige et faussement l'éclairé ;
Rien n'est plus dangereux qu'un prêtre populaire !
Tous ces moines, au fond, sous des noms différents,
N'ont que la jalousie et la haine des grands ;
Pour nous tenir et nous fouler sous leur sandale
Ils se servent du roi; c'est péril et scandale.
Cela ne peut durer ! Non, madame. — Voici
Ce que nous demandons, et qu'il en soit ainsi I
BLANCHE
Il sera fait selon le droit et la justice.
HUGONNEL
Il convient de nouveau que je vous avertisse : Si vous n'acceptez pas franchement et tout haut, La guerre recommence entre nous aussitôt. Donc, c'est la volonté de mes amis, la mienne. Il faut que la régence aux grands vassaux revienne ; Et pour fortifier en nos mains ce pouvoir, C'est la Régente aussi que nous voulons avoir ; Elle n'y mettra point obstacle, je suppose, Puisqu'elle gardera son titre ! — A cette cause, Nous avons décidé, je parle au nom de tous, Reine, de vous offrir d'épouser l'un de nous ; Les Grands ont désigné le comte de Champagne Et moi. Choisissez donc.
DAME SARRETTE, à Robert.
La colère me gagne, Et si je m'en croyais...
ROBERT
Non ! Taisez-vous ! Laissez Faire la reine. Elle est sage.
IIUGONNEL, à Blanche.
Eh bien, choisissez !
BLANCHE, avec un grand calme et presque en souriant.
C'est me presser beaucoup, permettez que j'évite, Pour moi, pour vous, pour tous, de décider si vite ! — Mais le comte Thibaud, qui se tait jusqu'ici, Qui fut mon ennemi, comme vous, sans merci, Peut-être à des raisons secrètes pour se taire.
Il est vrai.
BLANCHE
Je veux donc en savoir le mystère ; Qu'on me laisse avec lui.
IIUGONNEL
Comment, madame ?
BLANCHE
Assez !
Comte, je suis encor la reine! Obéissez! Je vous rappellerai, s'il me plaît, tout à l'heure.
IIUGONNEL
Puis-je y compter, madame?
BLANCHE
Oui, ce n'est point un leurre,
(Montrant une salle vide à gauche.1
Entrez là. Je ferai, dès qu'il en sera temps, Ce que je vous ai dit.
(Hugonnel sort par la gauche, toute la cour par la droite.)