‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 371 sur 387 · HUGO^NEL · texte numérisé non relu

HUGO^NEL

« Quel que soit l'avenir ! » un tel doute est voisin D'une crainte, et la crainte ici doit disparaître ; La France n'a qu'un roi, la France n'a qu'un maître ; Ceux qui l'ont combattu dans les temps irrités Applaudissent d'avance à ses prospérités, Eux-mêmes maudissant leurs tentatives folles.

LOUIS IX

Mon oncle Hugonnel, je retiens vos paroles !

ROBERT

Cher sire, vous avez accepté, tous les jours, Mon amitié de prêtre et mes graves discours ; Je n'en changerai pas à l'heure solennelle

— Et terrible ! — où Dieu même au trône vous appelle ; Au cœur des rois, avec la couronne à leur front, Dieu met l'anxiété des choses qui viendront ;

Sans ce doute effrayant et ce profond mystère, L'orgueil royal serait trop pesant sur la terre !

— Votre avenir est grand, votre avenir est beau C'est le berceau d'un règne. .. Hélas ! Mais quel tombeau Dieu lui prépare-t-il ? Le meilleur roi l'ignore, Combien de princes ont une pareille aurore,

Qui semblent à jamais fiers, triomphants, heureux... Et tout le poids d'un siècle un jour tombe sur eux !

LOUIS IX

Qu'il tombe sur moi seul, et qu'alors Dieu m'assiste!

54 i France... d'abord !

ROBERT

Si mon langage est grave, il ne peut être triste, Car la joie est en nous et dans quelques moments Vous allez revêtir les royaux ornements.

BLANCHE

Hugonnel, vous avez désigné de vous-même

Celle qui doit poser le royal diadème

Sur le front de mon fils. Le voulez-vous encor ?

HUGONNEL

Sans doute.

BLANCHE

Approchez donc, comtesse Aliénor !

— Promettez d'abjurer la haine et la vengeance, De remplir les devoirs d'hommage et d'allégeance; En votre nom au nom du comte Hugonnel, Promettez-le, devant le roi, devant le ciel!

ALIÉNOR

Reine, je le promets.

BLANCHE

J'en crois votre parole ; Elle n'est point contrainte, elle n'est point frivole ; Vous avez contre moi vaillamment combattu ; Le courage et l'honneur sont la même vertu ; J'aime toute bravoure, et, loin que je la blâme, La vôtre m'a permis de lire dans votre âme; J'y trouve avec bonheur ce que je soupçonnais ; Peut-être mieux que vous-même je vous connais I Je vois dans vos regards une grandeur voilée, Comme une flamme étrange aux ténèbres mêlée, Une obscure fierté qui sied à votre front... La flamme restera, les ombres passeront!

— Et c'est pourquoi je crois en vous.

(Montrant la porte du Thésaurus.) Voici l'entrée Du trésor de nos rois ; pour tous elle est sacrée

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