‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 384 sur 387 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, LOUIS IX, BLANCHE, THIBAUD, ROBERT de SORBÛN, tous arrivant par la gauche.

THIBAUD, montrant la porte du fond.

Écartez ces rideaux, ouvrez large la porte.

(Les pages ouvrent la porte. On aperçoit, sur une haute estrade, le corps d'Aliénor couchée, la couronne au front sous des guirlandes, des fleurs et des (lambeaux.)

Peuple, c'est pour le roi que cette femme est morte ; Regardez : la couronne impériale au front, Elle dort ; ses aïeux là-haut la recevront. Soldats, nous la devons saluer de nos armes.

(Les épées s'inclinent devant Aliénor.) Et maintenant, chrétiens, nous lui devons nos larmes.

ROBERT

Nos prières, d'abord ! Sire, peuple, à genoux ! Et que Dieu qui m'entend la juge comme nous !

Elle a voulu mourir ! Par un fatal mystère, Lasse d'avoir souffert ou d'avoir fait souffrir, Pour échapper plus vite aux fanges de la terre Elle a voulu mourir 1

Frémissante et trop prompte, elle s'en est allée Vers le calme éternel que Dieu seul peut offrir, Comme l'aigle des monts fuit la noire vallée ; Elle a voulu mourir 1

Quand une âme à la peur de vivre s'abandonne, La céleste pitié l'attend pour la guérir ; Prions, prions, prions pour que Dieu lui pardonne D'avoir voulu mourir !

BLANCHE

Elle a donné sa vie à mon fils, à la France ; Son âme, du passé portant le sombre deuil, A fait de leur grandeur sa dernière espérance Et son dernier orgueil ;

Ce que son âme était, sa mort nous le révèle : Fille des rois tombés, au suprême moment Elle a voulu sauver une race nouvelle Par son fier dévouement !

Faisons comme elle, tous ! que toutes nos pensées, Toutes nos actions, ainsi viennent s'unir ; Comme elle, préparons par les grandeurs passées Les grandeurs à venir !

Qu'elle dorme aujourd'hui sous ces glorieux voiles ; Mais, pour nous attirer vers les libres sommets, Que ses yeux, se rouvrant dans l'azur plein d'étoiles, Rayonnent à jamais !

LOUIS IX

Toi qui préservas l'héritage Avec les jours du nouveau roi, Là-haut fais pour moi davantage, Inspire-moi !

Pour la douce et chère patrie, Pour la justice pour la foi, Ame que ce monde a meurtrie, Inspire-moi !

Dans la route où le meilleur tombe, Hésite et n'ose croire en soi, Mon premier pas heurte une tombe...

Inspire-moi !

Quoique ici l'orage s'apaise

Déjà je sens avec effroi

De quel poids la couronne pèse !

Inspire-moi !

Inspire-moi !

Sire, après ce devoir de triste et noble hommage, Reste un devoir sévère à remplir.

LOUIS IX

C'est dommage!

Mais il faut assurer votre règne à venir.

LOUIS IX

Je n'aurais pas voulu commencer par punir !

Punir le faux serment, le meurtre et l'imposture, C'est aussi le devoir royal, c'est la loi dure ! Le peuple attend de vous cet arrêt solennel.

LOUIS IX

Je ferai mon devoir.

THIBAUD, aux soldats.

Amenez Hugonnel.

(Quelques soldats sortent.) GEOFFROY, dans la foule.

Le roi fera justice, il sera ferme et sage.

ARNOUL

Je conviens que pour lui rude est l'apprentissage.

GEOFFROY

Pourquoi donc? Aux rigueurs il doit s'habituer ; Son oncle Hugonnel voulait bien le tuer!

ARNOUL

Oui, c'est vrai 1

(Les soldats rentrent, amenant Hugonnel enchaîné. Le roi, la reine, Thibaud, Robert, toute la cour, se rangent devant Aliénor.)

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