‹ [Œuvres choisies]Chapitre 108 sur 558 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

FLORIMOND, CRISP1N

CRISPIN

Monsieur, combien faut-il que je mette d’habits ?

FLORIMOND

Aucun. Je ne pars plus.

CRISPIN

Quoi ?

FLORIMOND

Je reste.

J'ai changé d’avis :

CRISPIN

Mais, monsieur, vous n’êtes point malade ?

FLORIMOND

Non.

CRISPIN, à part.

C’est, je gage, encore ici quelque boutade.

(Haut.)

Gomment, vous n’allez point visiter ce château ?

FLORIMOND

Non.

CRISPIN

C’est pourtant dommage : on dit qu’il est si beau!

FLORIMOND

Quelque château bien vieux, avec un parc bien triste : Veux-tu que j’aille là m’établir botaniste,

Et goûter le plaisir unique et sans pareil D’assister, chaque jour, au lever du soleil ?

CRISPIN

Vous faisiez cependant une belle peinture Des touchantes beautés de la simple nature.

Qui, moi ?

CRISPIN

Je m’en souviens. De plus, contre Paris Dieu sait comme tantôt vous jetiez les hauts cris !

L" INCONSTANT

Si vous fuyez la ville, et craignez la campagne,

Où faut-il donc, monsieur, que je vous accompagne ?

FLORIMOND

Je ne demande pas ton sentiment, bavard.

CRISPIN

Mais il faut bien pourtant demeurer quelque part.

FLORIMOND

Que t’importe?

CRISPIN

Du moins, nous soupons?

FLORIMOND

Paix, je pense ;

Il me vient un projet d’une grande importance,

Et qui me rit.

Quoi donc ?

FLORIMOND

Je me Sais voyageur.

CRISPIN

Superbe état pour vous, mon cher maître !

FLORIMOND

Ah! Lafleur,

Quel plaisir, quel délice en voyageant l’on goûte ! Toujours nouveaux objets s'offrent sur votre route. Chaque pas vous présente un spectacle inconnu.

On ne revoit jamais ce qu’on a déjà vu.

Une plaine aujourd’hui, demain une montagne ;

Le matin c’est la ville, et le soir la campagne.

Ajoute qu’on ne peut s’ennuyer nulle part :

Un lieu vous plaît, on reste ; il vous déplaît, on part.

CRISPIN

Et l’amour ?

FLORIMOND

Plus d’amour, plus de brûlantes flammes.

CRISPIN

Quoi, tout debon, monsieur, vousrenoncez aux femmes ?

FLORIMOND

Dis que j’y renonçais, quand mon cœur enchanté Adorait constamment une seule beauté ;

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