NICOLE, ANDRÉ
NICOLE, à André qui rentre.
Ah! bon André, c’est vous?
ANDRÉ
Oui, Nicole; et peut-être Pour la dernière fois. À l’insu de mon maître,
Je m’échappe un moment pour vous parler, vous voir, Me consoler un peu ; je suis au désespoir.
NICOLE
Et moi donc! Ah! mon Dieu, quelle scène terrible Que celle d’hier soir ! Quelle dispute horrible!
ANDRÉ
Et quelle nuit, ma chère!
NICOLE
Ah ! oui, mon pauvre ami.
Je sais bien que chez nous personne n’a dormi. Monsieur ne nous dit rien, madame se désole;
Charles soupire; et moi, vous voyez...
ANDRÉ
Ah! Nicole,
C’est de même chez nous; oui, mon maître est outré. Celte pauvre Suzettc, ah! comme elle a pleuré I Enfla nous avons tous passé la nuit entière A faire nos paquets.
LA FAMILLE BRETONNE
NICOLE
Comment donc?
ANDRÉ
Nous partons pour Cadix.
Oui, ma chère*
NICOLE
Vous partez?
ANDRÉ
Hélas! oui :
Sur le vaisseau qui met à la voile aujourd'hui.
NICOLE
Est-il possible?
ANDRÉ
Et moi qui comptais si bien vivre Ici tranquille, heureux, il faut partir, et suivre Un maître... bon, oui, mais... quand on n’a que pour soi; Avec ses mille écus...
NICOLE
Hélas! oui, je conçoi...
ANDRÉ
Nous allons demeurer en maison étrangère,
Vivre aux dépens d’autrui.
NICOLE
Sans doute ; il quitte un frère
Et riche et généreux.
ANDRÉ
Pour moi plein de bonté.
Je ne manquais de rien, bien nourri, bien traité.
NICOLE
Pauvre André! que l’on est malheureux de dépendre! ..
ANDRÉ
Ah l vous, Nicole, aumoins! vous...
C’est monsieur.
NICOLE
Paix ! j e crois entendre.
ANDRÉ
Contre moi s’il allait se fàeher?