ACTE III, SCÈNE XII
M. MARCEL, avec douceur.
Paix donc ! Je vois de près un groupe ;
On parlait avec feu ; j’écoute ; un de la troupe Prononçait nos deux noms ; frère, on parlait de nous, On contait nos débats ; juge de mon courroux,
Mon cher frère, on osait... quelle imposture affreuse! T’accuser... toi, dont l’âme est noble et généreuse, De m’avoir maltraité, fait sentir que je suis...
Je n’articule point ce mot-1 à, je ne puis.
Et c’était peu d’avoir proféré ce blasphème,
On m’accusait encor de l’avoir dit moi-même.
« Quels sont les malheureux qui tiennent ces propos? «(Dis-je, enjurantunpeu) Messieurs, rien n’est plus faux; « C’est moi qui suis Marcel, et j’ai le meilleur frère... « Qui? lui? me traiter mal, se lasser?... au contraire, « Germain est délicat autant que bienfaisant;
« Plus j’ai besoin de lui, plus il est complaisant *
M. GERMAIN
Marcel !
M. MARCEL
Paix ! « Chaque jour j’en fais nouvelle épreuve; « Mais nous avons besoin l’un de l’autre ; et la preuve, « C est que de sa maison je reprends le chemin, x Tout aussitôt j’accours ; et me voici, Germain.
M. GERMAIN
Ah ! sois le bienvenu !
MADAME GERMAIN
Vous nous rendez la vio
CHARLES
Et l’espérance.
SUZETTE
Ah ! oui.
M. HILAIRE
Moi, j’ai l’âme ravie D’un retour si touchant.
M. MARCEL
Vraiment? Oui, je le croi.
Aussi vais-je, monsisur, vous prier...
LA FAMILLE BRETONNE
M. HILAIRE
Et de quoi ?
M. MARCEL
Oui, si vous connaissiez quelqu’un, monsieur Hilaire, De ceux qui lâchement calomniaient mon frère, Faites-moi le plaisir de le désabuser.
M. HILAIRE
Qu’entendez-vous par là ? Pouvez-vous supposer?...
M. MARCEL
Je ne suppose rien ; mais, moi, je vous exhorte De dire à ces gens-là, qu'attaquer de la sorte Un frère, c’est blesser l’autre frère d’abord ;
Que c’est entre nous deux à la vie, à la mort.
M. GERMAIN
Ah! oui, mon cher Marcel !
M. MARCEL
Tenez, monsieur Hilaire,
Je vais vous en donner une preuve plus claire.
Vous savez le sujet de notre démêlé?
Eh bien ! ce pauvre frère, il est si désolé,
Et du débat lui-même, et surtout des sottises
Que des méchants, monsieur, sur nous se sont permises,
Que si je lui disais, en lui tendant la main :
« Ah! ne nous brouillons plus,plusjamais, bon Germain; « Unissons-nous encor de plus près ; et pour gage,
« Va, de notre maison suivons l’antique usage ;
« N’allons point au dehors nous allier; enfin,
« Que la jeune orpheline épouse son cousin. »
Je suis sûr que Germain, que cet excellent frère Loin de me résister, saisirait, au contraire,
La main de ma pupille et celle de son lils,
Et leur dirait bientôt : « Enfants, soyez unis. »
M. GERMAIN
C’est vrai. Mes chers enfants, votre oncle le désire, Soyez unis.
CHARLES et SUZETTE
O Dieu !
CHARLES
Mon père !