ACTE V, SCÈNE
Notre ami fournira la plus belle carrière!
Jule et moi, grâce à lui, sommes sûrs d’un emploi^
Il doit me faire avoir une héritière, à moi.
MADAME MERVILLE
Ah ! ton Lorsan!... sa marche ici n’est pas très-claire; Et monsieur de Naudé se conduit au contraire...
Car je vois que Lorsan s’est donné quelque tort,
Que son sage rival a réparé d’abord.
Ils s’obstinent tous deux à garder le silence,
Mais l’un par modestie et l’autre par prudence.
MERVILLE
Non, encore une fois, ma mère, ce n’est rien.
Rien du tout. Il est jeune, un peu volage... eh bien! Il aime le plaisir; après tout, qui ne l’aime?
Que de plaisirs enfin nous promet à nous-même L’hymen avec Lorsan, et combien de douceurs !
Il a, vous le savez, les plus charmantes sœurs !...
Qui donnent chaque jour des fêtes ravissantes :
Ma mère, ce sont là des raisons très-puissantes.
MADAME MERVILLE
Tout à fait... Eh ! mon fils, vous parlez de plaisirs, C’est fort bien; mais l’argent, objet de vos désirs, Vous n’y pensez donc plus, étourdi que vous êtes ! Pourtant il vous en faut pour tout ce que vous faites. Or, monsieur de Naudé, s’il épouse ta sœur,
Se croira trop heureux d’en être possesseur ;
Songer à l’intérêt, lui, né riche lui- même ! Généreux!... juge donc si pour celle qu’il aime !...
MERVILLE
Il faudra cependant lui donner une dot.
MADAME MERVILLE
Moi, j’espère que non.
MERVILLE
Vous croyez ?
MADAME MERVILLE
En un mot,
Si la sœur me coûtait des avances légères,
Je pourrais faire alors un peu plus pour les frères.
MERYILLE.
Quoi?
MADAME MERVILLE
Ce que je vous dis est clair, convenez-en.
MERVILLE
Mais...
MADAME MERVILLE
Tenez-vous encore à l’hymen de Lorsan ?
MERVILLE
J’y tenais; sûrement, c’est un grand sacrifice... Mais quand ma mère parle, il faut que j’obéisse.
(il lui baise la main.) MADAME MERVILLE, souriant.
Ah :