ACTE I, S GÊNE VII
ROSE
Vous riez si bien lorsqu’on se mouille 1 L’autre jour encore...
M. DE PLINVILLE.
Oui; mais un temps pluvieux
Nuirait à ma santé.
ROSE
Vous ôtes beaucoup mieux,
Ce me semble, monsieur?
M, DE PLINVILLE.
Oui, vraiment, à merveille ; Je me sens chaque jour mieux portant que la veille, Et je vois revenir les forces, l’appétit.
ROSE
Hai... vous avez été bien malade.
M. DE PLINVILLE.
On le dit.
ROSE
Vous en douteriez ?
M. DE PLINVILLE.
Non; mais, vois-tu, chère Rose D’honneur, je n’ai pas, moi, senti la moindre chose. J’étais dans un profond et morne accablement,
Mais qui ne me faisait souffrir aucunement.
ROSE
Ah! ah 1
M. DE PLINVILLE.
Notre machine alors est engourdie,
Et c’est un vrai sommeil que cette maladie.
Mais, en revanche aussi, que le réveil est doux! Nous renaissons alors et le monde avec nous.
Vous vivez par instinct ; moi je sens que j’existe. J’éprouve une langueur, mais elle n’est point triste ; Et ma faiblesse même est une volupté Dont on n’a pas d’idée en parfaite santé :
La santé peut paraître, à la longue, un peu fade ;
Il faut, pour la sentir, avoir été malade.
Je voudrais qu’à ton tour tu pusses l’être aussi,
Et tu verrais toi- même ..
L’OPTIMISTE
ROSE
Ah ! monsieur, grand merci :
Tomber malade, moi !
M. DE PLINVILLE.
Ce serait bien dommage.
ROSE
Et puis si je mourais ?...
M. DE PLINVILLE.
Bon ! meurt-on à ton âge?
Tu me vois !...
Vous vivez, nous sommes tous contents : Mais, monsieur, je m’arrête en ce lieu trop longtemps. Je m’en vais, de ce pas, trouver mademoiselle :
Car le moins que je puis, je me sépare d’elle.
M. DE PLINVILLE.
C’est bien fait.
(Rose sort.)