‹ [Œuvres choisies]Chapitre 261 sur 558 · ACTE I, S GÊNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, S GÊNE VII

ROSE

Vous riez si bien lorsqu’on se mouille 1 L’autre jour encore...

M. DE PLINVILLE.

Oui; mais un temps pluvieux

Nuirait à ma santé.

ROSE

Vous ôtes beaucoup mieux,

Ce me semble, monsieur?

M, DE PLINVILLE.

Oui, vraiment, à merveille ; Je me sens chaque jour mieux portant que la veille, Et je vois revenir les forces, l’appétit.

ROSE

Hai... vous avez été bien malade.

M. DE PLINVILLE.

On le dit.

ROSE

Vous en douteriez ?

M. DE PLINVILLE.

Non; mais, vois-tu, chère Rose D’honneur, je n’ai pas, moi, senti la moindre chose. J’étais dans un profond et morne accablement,

Mais qui ne me faisait souffrir aucunement.

ROSE

Ah! ah 1

M. DE PLINVILLE.

Notre machine alors est engourdie,

Et c’est un vrai sommeil que cette maladie.

Mais, en revanche aussi, que le réveil est doux! Nous renaissons alors et le monde avec nous.

Vous vivez par instinct ; moi je sens que j’existe. J’éprouve une langueur, mais elle n’est point triste ; Et ma faiblesse même est une volupté Dont on n’a pas d’idée en parfaite santé :

La santé peut paraître, à la longue, un peu fade ;

Il faut, pour la sentir, avoir été malade.

Je voudrais qu’à ton tour tu pusses l’être aussi,

Et tu verrais toi- même ..

L’OPTIMISTE

ROSE

Ah ! monsieur, grand merci :

Tomber malade, moi !

M. DE PLINVILLE.

Ce serait bien dommage.

ROSE

Et puis si je mourais ?...

M. DE PLINVILLE.

Bon ! meurt-on à ton âge?

Tu me vois !...

Vous vivez, nous sommes tous contents : Mais, monsieur, je m’arrête en ce lieu trop longtemps. Je m’en vais, de ce pas, trouver mademoiselle :

Car le moins que je puis, je me sépare d’elle.

M. DE PLINVILLE.

C’est bien fait.

(Rose sort.)

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