SCÈNE VIII
M. DE MORINVAL, M. DE PLINVILLE ANGÉLIQUE.
M. DE MORINVAL, de loin, à part, sans les voir.
Où donc le rencontrer? partout je le poursuis.
Mais je le vois... Allons, dégageons ma parole.
(Haut.)
Nous nous flattions tous deux d’un espoir trop frivole, Cher Plinville. A regret, je viens vous déclarer...
Je ne puis plus longtemps vous laisser ignorer...
M. DE PLINVILLE.
Mon ami, je sais tout. Dorval fait banqueroute :
Je perds cent mille écus.
M. DE MORIN VAL
Cent mille écus ?
M. DE PLINVILLE.
Sans doute.
M. DE MORIN VAL
Je l’ignorais. O ciel! je venais renoncer A sa tille : de moi qu’aurait-on pu penser?
M. DE PLINVILLE.
Je sens bien qu’entre nous il n’est plus d’hyménée.
Mc DE MO RI N VAL.
Au contraire.
M. DE PLINVILLE.
Ma fille est toute résignée.
Quant à moi, je ne suis malheureux qu’à demi,
Car, si je perds un gendre, il me reste un ami.
M. DE MO RI N VAL
Elh mais ! je n’entends point ce que vous voulez dire. Comment, vous avez cru que j’irais me dédire,
A cause du revers qui vous est survenu?
Mon ami, je croyais vous être mieux connu.
Trop heureux d’ètre époux de votre aimable fille !
ANGÉLIQUE, à part.
L’OPTIMISTE
M. DE PLINVILLE.
Vous voulez encore être de la famille?
M. DE MORIN VAL
Plut au ciel !
M. DE PLINVILLE.
A ce trait me serais-je attendu?
Mais nous venons de perdre...
M. DE MO RI N VAL
Elle n’a rien perdu ;
Et moi, lorsque je songe aux vertus qu'elle apporte) Je trouve que sa dot est encore assez forte.
M. DE PLINVILLE.
(Émerveillé.)
Eh bien ! ma fille...
Mais qu’as-tu donc ?
ANGÉLIQUE
Je n’ai rien.
M. DE MORINVAL.
Cependant...
ANGÉLIQUE
En effet... je ne me sens pas bien.
Vous permettez?
(Elle sort.)