A C T F V, SCÈNE II
M. DE PLINVILLE.
Tout est changé, Picard, nous allons à Paris.
PICARD
Raison de plus, monsieur. Je reste en mon pays. Enfin, je vous l'ai dit, je veux être mon maître.
M. DE PLINVILLE.
Quoi tu veux me quitter, après m’avoir vu naître,
Toi qui devais et vivre et mourir avec moi ?
PICARD
Il vaut encore mieux vivre et mourir chez soi.
M. DE PLINVILLE.
Je t’aimais, je croyais que tu m’aimais de même.
PICARD
Cela n’empêche pas, monsieur, qu’on ne vous aime. Mais après cinquante ans, on est bien aise, enfin,
De vivre un peu tranquille : il faut faire une fin.
M. DE PLINVILLE.
Il a raison ; et c’est peut-être une injustice D’exiger qu’il me fasse un si grand sacrifice.
Pourquoi vouloir ailleurs l’empêcher d’être heureux ? 11 faut aimer les gens, non pour soi, mais pour eux. Il va se réunir à son petit ménage,
A, sa femme, à ses fils : il est temps, à son âge;
Et quand j’aurai besoin de lui, je me dirai,
U vit content : alors je me consolerai.
Mais tu pleures, je crois?
PICARD
Je ne puis m’en défendre ?
Moi vous quitter, après ce que je viens d’entendre rî’en serais bien fâché. Je reviens sur mes pas, Monsieur; si vous voulez, je ne partirai pas.
. M. DE PLINVILLE.
epuis assez longtemps, mon ami, tu travailles, on, non, décidément je veux que tu t’en ailles.
Voyez donc ! il me chasse au bout de cinquante ans ! *Je ne veux plus sortir.
L’OPTIMISTE
M. DE PLINVILLE.
Ne sors pas, j’y consens.
Mais pourquoi te fâcher ainsi depuis une heure?
PICARD
J’ai tort. Encore un coup, je veux rester
M. DE PLINVILLE.
Demeure.
PICARD
Pardonnez. Je suis brusque et de mauvaise humeur : Mais dans le fond, monsieur, croyez que j’ai bon cœur.
M. DE PLINVILLE.
Tu viens de m’en donner une preuve certaine.
Il est vrai qu’un moment tu m’as fait de la peine; Mais tu m’as fait encor plus de plaisir.
(En le serrant dans ses bras.)
Allons,
Mon vieux ami, jamais nous ne nous quitterons.
Me le promets-tu bien?
PICARD
Est-ce encore un reproche?
Non, mon cher. Laisse»moi, car Morinval s’approche.
(il regarde Morinval, qui s’avance sans le voir.-— Picard sort.)
Ma fille a déclaré qu’elle ne l’aimait pas.
Il e>st au désespoir : il soupire tout bas.
Je veux le consoler.