ACTE V, SCÈNE III
M. DE PLIN VILLE
Enfin, il vaut mieux, Morin val, Être, d’avance, instruit de ce secret fatal. Angélique, d’ailleurs, n’est pas la seule au monde . Il se peut qu’â vos soins un autre objet réponde.
M. DE MORIN VAL
Je n’en chercherai point : j’en ferai bien le vœu.
M. DE PLINVILLE.
Tenez, s’il faut qu’ici je vous fasse un aveu. J’approuve ce dessein. Dans un champêtre asile Vous menez une vie assez douce et tranquille; Surtout, vous êtes libre; oui, peut-être en effet,
Le veuvage, après tout, est-il mieux votre fait.
M. DE MO RI N VAL
Vos consolations m’irriteraient, je pense,
Si je n’avais déjà pris mon parti d’avance.
Mais je l’ai pris. Ceci ne m’a point étonné.
Je déplais; dès longtemps je l’avais soupçonné :
Je suis heureux ici, comme dans tout le reste. Aussi ce n’était point cela, je vous proteste.
Qui me faisait rêver : je voudrais aujourd’hui,
Ne pouvant rien pour moi, travailler pour autrui;
M. DE PLINVILLE.
Gomment?
M. DE MORINVAL.
Oui, vous serez de mon avis, j’espère.
Je viens de découvrir un important mystère.
Ah! voyons.
M. DE MORINVAL.
Angélique est rebelle à mes vœux;
Mais vous ne savez pas qu’un autre est plus heureux.
r. , , M. DE PLINVILLE.
Bon ! un au*ev
M. Ije MORINVAL.
Oui, vraiment.
M. DE PLINVILLE.
Et quel est donc cet autre ?
L’OPTIMISTE
M. DE MORINVÀL.
C,’est Belfort.
M. DE PLINVILLE.
Belfort?
M. D E MORINVAL.
Oui.
M. DE PLINVILLE.
Quelle erreur est la vfrtre î
Mais vous n’y pensez pas.
M. DE MORINVAL.
Vous pouvez, à présent,
Bire, vous récrier, trouver cela plaisant :
Il n’en est pas moins vrai que votre fille l’aime,
J’en suis sûr.
M. DE PLINVILLE.
Quoi! vraiment?... ma surprise est extrême.
M. DE MORINVAL.
Us s’aiment.... d’un amour sage, honnête, discret :
Il l’aime sans le dire, elle brûle en secret.
Cette honnêteté même est ce qui m’intéresse,
Et je veux, près de vous, protéger leur tendresse. Écoutez : je suis riche, et plus que je ne veux.
Je suis veuf... pour toujours, sans enfants, sans neveux. J’aime Belfort, je veux lui tenir lieu de père.
Il me paraît bien né, sensible, doux ; j’espère Qu’aidé de mon crédit, il fera son chemin,
Et d’Angélique, un jour, méritera la main.
Et moi, dès aujourd’hui, mon ami, je m’engage A donner à Belfort ma terre en mariage.
M. DE PLINVILLE.
Laissez-moi respirer. Quel dessein généreux!
Eh quoi ! mon cher ami, vous faites des heureux,
Et vous doutez encor si vous-même vous l’êtes !... Mais que de ces enfants les amours sont discrè*''- 1 Moi, j’en estime encor une fois plus Bel^11* Angélique est aimable ; il l’aime, U iia Pas »
Ni ma fille non plus, car il est fait pour plaire.
M. DE MORINVAL.
Votre nièce s’avance. Ayons soin de nous taire.